«Je voulais me suicider…» : il y a 20 ans, grandeur et décadence de Jennifer Capriati
L’édition 2021 de Roland-Garros aura été marquée par le débat sur la « santé mentale » des champions après le retrait tonitruant de Naomi Osaka. De nombreux athlètes ont dû faire rimer pression et dépression. Et l’une d’entre elles soulevait le trophée de Roland-Garros il y a tout juste vingt ans…
9 juin 2001. Un scenario digne de Hollywood étale son suspense sur le Central de Roland-Garros. Le dernier épisode du tournoi féminin est indécis. Haletant. Avec, en vedette américaine, Jennifer Capriati. Après un énorme combat contre la Belge Kim Clijsters, la native de Long Island, 25 ans, décroche l’Oscar parisien (1-6, 6-4, 12-10), son deuxième Grand Chelem après avoir soufflé la statuette à Martina Hingis à l’Open d’Australie cinq mois auparavant.
« C’était d’une extraordinaire intensité. C’était presque ma vie que je défendais et, au final, la lutte a payé », jubile la Floridienne d’adoption. Plus qu’une vie. Une véritable résurrection pour l’ex-enfant prodige, sacrée en juniors à Roland-Garros… à 13 ans et deux mois en 1989 et plus jeune demi-finaliste de l’histoire du tableau senior à peine douze mois plus tard.
Dans les deux ans qui suivent, la jeune fille s’offre des demi-finales à Wimbledon et l’US Open et surtout une médaille d’or olympique à Barcelone en 1992 en volant le premier rôle à la locale Arantxa Sanchez puis à la légende Steffi Graf. Un véritable conte de fées. Un peu trop beau pour durer. En quelques mois, malgré trois quarts de finale en Majeur, la confiance s’effrite.
Arrêtée à deux reprises en Floride
Le stress est indigeste. Son statut de superstar mineure et multimillionnaire est trop lourd. La famille elle-même presse sa poule aux œufs d’or avec un père mégalo, Stefano, ancien cascadeur de western spaghettis devenu coach, une mère manager et un petit frère compagnon d’entraînement. Grandeur et des cadences infernales.
La descente aux enfers commence et les cinq anneaux olympiques se réduisent à deux. Ceux qui enserrent les mains de l’espoir déchue, d’abord arrêtée à deux reprises en Floride pour vol à l’étalage de bijoux de pacotille, puis quelques mois plus tard, pour possession de marijuana. Un chemin très court du court à la cour… Capriati doit passer trois semaines dans un centre de soins de Miami Beach.
L’idée de s’effacer de la planète Terre la traverse après un premier tour perdu à l’US Open 1994. « Mentalement, j’étais perdue, confiera-t-elle plus tard au New York Times. Je n’étais pas heureuse de moi-même, de mon tennis, de ma vie, de mes parents, de mes coachs, de mon copain… Quand je regardais dans le miroir, je voyais une image déformée. J’étais tellement moche et grosse, je voulais vraiment me suicider. »
Saint-Valentin et gestion de la colère
La jeune femme mettra quatre ans à remonter la pente avant de gagner à nouveau un match en Grand Chelem en 1998. Et retrouver l’ivresse des sommets un temps oubliée dans celle de soirées bien trop arrosées. Après sa consécration parisienne sous les yeux de Sean Connery, Capriati s’offre d’autres bons baisers de Melbourne en 2002 et grimpe sur le toit du monde. On ne vit que deux fois, mais le diamant n’est pas éternel. Diminuée par des blessures récurrentes à l’épaule droite, la petite-nièce de l’Oncle Sam voit vite sa bannière s’étioler.
« Avec la douleur et la blessure, on me retirait ce que je désirais le plus. Cela a été dévastateur d’arrêter en étant au sommet, expliqua-t-elle ensuite. Je ne pouvais pas croire que les médecins n’arrivent pas à réparer mon épaule… » Fin de partie en 2004. Nouvelle dépression alors qu’elle partage sa vie avec Dale DaBone, acteur et réalisateur porno. Tentative avortée de retour en 2008. Et réapparition dans la rubrique faits divers. En juin 2010, l’ex-n°1 à la WTA est retrouvée inanimée dans une chambre du Riviera Beach, un hôtel en Floride. Victime d’une overdose de médicaments qu’elle a toujours jurée accidentelle.
« Jennifer a dû traverser tellement d’épreuves, expliquait l’ancien joueur Justin Gimelstob, qui l’a côtoyée sur le circuit. Vous ne pouvez pas imaginer les dommages collatéraux que peut produire le fait d’être un enfant prodige. » Trois ans plus tard, elle célèbre la Saint-Valentin avec autant de douceur que les frappes de mule qu’elle assenait à ses rivales. Mais cette fois, c’est son ancien petit ami qui doit éviter des coups pas très droits.
Harcelé depuis plusieurs mois par son ex-compagne, Ivan Brennan est contraint de s’enfermer dans les vestiaires de sa salle de sport pour prévenir la police. Capriati écope de 30 heures de travail d’intérêt général et quatre heures de cours de gestion de la colère. Nouveau pseudo-come-back annoncé en 2015 avant la mort de son père, emporté par un cancer. « Jenny » a aujourd’hui 45 ans. Et vit en toute discrétion à Singer Island, une longue bande de terre dans le comté de Palm Beach, près de Miami. Loin d’un circuit qu’il l’a vue prendre son envol trop tôt et se brûler plusieurs fois les ailes…