Réchauffement climatique : les glaciers auront disparu des Pyrénées dans moins de 30 ans
C’est une photographie prise sur la langue de la mer de Glace, à Chamonix (Haute-Savoie). On y voit le glaciologue Étienne Berthier réaliser des mesures GPS pour valider, depuis le sol, les observations satellitaires qui confirment la fonte accélérée du plus célèbre glacier français. Si le chercheur du CNRS s’y intéresse à ce point, c’est parce que « les glaciers des Alpes sont parmi ceux qui s’amincissent le plus rapidement avec ceux d’Islande et d’Alaska ».
Le scientifique en a d’ailleurs fait la démonstration dans le cadre de l’étude à laquelle il a participé au sein d’une équipe internationale réunissant notamment des spécialistes du CNRS et du Centre national d’études spatiales. Leur cartographie, parue dans la revue Nature, s’appuie sur un demi-million d’images prises depuis 2000 par le satellite Terra.
Déjà 2 km de perdus depuis 1850
À l’arrivée du train du Montenvers, il faut descendre un long escalier en métal pour pouvoir poser le pied sur une mer de Glace qui se rabougrit d’année en année. La glace recule de 8 à 10 mètres par an, soit environ 2 km depuis 1850 ! Au total, le glacier a perdu 120 m d’épaisseur en un siècle.
La situation est encore plus alarmante dans les Pyrénées, où les glaciologues craignent que les glaciers ne disparaissent du massif à l’horizon 2050. Entre 1924 et 2019, le glacier d’Ossoue s’est raccourci de 590 m. Sa surface est passée de 90 à 32 hectares, soit une perte de 64 %. Dans le même temps, son épaisseur s’est réduite de 80 m et son front a régressé de 125 m.
C’est que le réchauffement grignote chaque année un peu plus la quantité de neige et de glace accumulées en altitude. Au cours des dernières décennies, les glaciologues ont ainsi observé une baisse de la quantité d’eau stockée sous forme de neige au milieu du printemps dans tous les massifs de haute montagne français.
Cette diminution est liée au réchauffement atmosphérique : il réduit la fraction des précipitations tombant sous forme de neige au profit de la pluie qui renforce la fonte du manteau neigeux. Illustration au col de Porte, dans le massif de la Chartreuse : à 1 325 mètres d’altitude, le manteau neigeux a diminué en moyenne de 38 cm de 1990 à 2020. Appliquée aux glaciers, l’expression « fondre comme neige au soleil » n’a jamais eu autant de sens.