En franchissant la ligne d’arrivée, deux heures avant les grands, Léo Trohel a essuyé trois petites larmes : une en raison de la douleur, une autre pour la joie que ça lui a procuré et la dernière pour le sentiment de fierté qui l’envahissait. Le gamin de 12 ans, originaire de Vitré (Ille-et-Vilaine), venait de parcourir les 40 derniers kilomètres de la 16e étape, avec une arrivée au sommet de Villard-de-Lans (Isère). En tandem avec l’ancien pro Jean-Christophe Péraud, 2 e du Tour de France en 2014.
Un sacré exploit pour Léo qui souffre d’une maladie génétique rare : l’épidermolyse bulleuse dystrophique. Un mot aussi horrible que le mal qui le ronge. « C’est une maladie génétique de la peau, la mienne est beaucoup plus fragile que la vôtre. Au moindre choc ou frottement, elle fait des bulles, des cloques comme pour une brûlure et finit par se détacher », explique-t-il.
« Imaginez-vous vous arracher la peau à chaque moment, imaginez votre peau qui ne colle pas à votre corps, comme si vous aviez des brûlures perpétuelles, précise son père Denis. C’est très, très dur. Et encore, dans son malheur, Léo a un peu de chance. Il n’est pas atteint du stade le plus grave de la maladie. Beaucoup d’autres petits garçons en décèdent très jeunes, trop jeunes en souffrant terriblement. C’est juste terrifiant, Léo est un héros. »
«La douleur, j’y suis habitué. À force, on y pense plus»
Suivi par une équipe de France Télévisions qui diffusera son aventure en décembre au moment du Téléthon, Léo sourit en écoutant le compliment de son papa : « Moi un héros ? Ben non ! Très heureux en revanche, et fier. Vous savez, ma maladie, je vis avec depuis que je suis né. La douleur, j’y suis habitué. À force, on y pense plus. »
La force, c’est justement ce qui anime ce petit Breton frêle, rieur et timide, impressionné par le podium et le maillot jaune qu’on lui a remis. « Il a monté un col de première catégorie du Tour alors qu’il n’a aucune expérience, juste un courage magnifique, appuie son papa. Il fait un peu de VTT avec ses copains. Et là, le voilà dans le Tour de France… »
Au moment de rentrer chez lui, Léo aura évidemment beaucoup de choses à raconter à ses amis qui vont à coup sûr le jalouser. « Cette maladie va encore nous faire traverser des moments terribles, conclut Denis, aussi fier que son fiston. Quand ça n’ira pas, on se souviendra de ces quelques heures magiques sur la route du Tour. Ça nous aidera… »
