Efficacité, pays concernés… Cinq minutes pour comprendre l’homologation du vaccin de Sinovac par l’OMS
Un vaccin de plus sur la liste de l’Organisation mondiale de la santé. L’autorité sanitaire internationale a donné, mardi, son homologation d’urgence au vaccin du Chinois Sinovac contre le Covid-19. CoronaVac, son sérum, est donc devenu le deuxième vaccin chinois à avoir obtenu le feu vert de l’OMS, après le vaccin de l’entreprise d’Etat Sinopharm, fabriqué à Pékin, et validé le 7 mai. Quelles sont les conséquences de cette homologation ? Qu’a-t-on comme données sur le vaccin ? Et qu’est-ce que cela signifie pour les stratégies de vaccination en France et en Europe ? Décryptage en cinq questions.
Que sait-on du vaccin de Sinovac ?
Le vaccin nécessite deux doses, administrées avec une intervalle de deux à quatre semaines. Baptisé CoronaVac et créé par l’entreprise privée Sinovac, il fonctionne à l’aide du virus SARS-CoV-2, qui a été inactivé (et ne peut donc pas infecter la personne vaccinée), un procédé très courant dans la vaccination. Il possède également un adjuvant, c’est-à-dire un produit ajouté pour renforcer la réponse immunitaire du vaccin. Cette formule « est facile à stocker, ce qui la rend facile à gérer et particulièrement adaptée aux pays qui ont peu de ressources », détaille l’OMS.
Toujours selon l’agence onusienne, l’efficacité du CoronaVac est de 51 % pour prévenir les cas de Covid symptomatiques. Elle monte cependant à 100 % pour éviter les cas les plus graves et les hospitalisations, sur les populations étudiées. En revanche, l’efficacité pour les plus de 60 ans n’a pas pu être évaluée.
Les taux d’efficacité de ce vaccin avaient fait débat, jusqu’en Chine. En avril, le directeur du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, Gao Fu, avait confié que les vaccins chinois (celui de Sinovac et celui de Sinopharm) ne présentaient « pas des taux de protection très élevés », comparés aux vaccins à ARN messager (l’efficacité du Pfizer contre les cas symptomatiques et les formes graves est estimée à 97 %). Une porte-parole de Sinovac avait d’ailleurs admis que l’efficacité du vaccin était variable selon, notamment, l’âge des personnes vaccinées.
Dans quels pays le CoronaVac est-il utilisé ?
Le vaccin est actuellement administré dans 22 pays et territoires, principalement des pays émergents et en développement. En Chine, il est approuvé depuis le mois de février, mais était déjà utilisé, dans certains cas, depuis le mois d’octobre, comme dans la ville de Jiaxing (dans le nord du pays), qui proposait une vaccination d’urgence au CoronaVac pour les 18-59 ans. Il est aussi utilisé en Tunisie, au Chili, au Brésil, en Indonésie, au Mexique, ou encore en Thaïlande.
Du point de vue du nombre de pays l’utilisant, il s’agit du septième vaccin dans le monde, derrière celui d’AstraZeneca/Oxford (utilisé dans au moins 168 pays et territoires), Pfizer/BioNTech (au moins 97), Moderna (au moins 46), Sinopharm (au moins 45), Spoutnik V (au moins 40) et Johnson & Johnson (au moins 29). En Europe, au sens de l’OMS, seuls la Turquie, l’Ukraine, l’Azerbaïdjan et Chypre du Nord l’utilisent à ce jour.
Que signifie l’homologation de l’OMS ?
L’homologation de l’OMS permet aux pays qui n’ont pas les moyens de déterminer d’eux-mêmes l’efficacité et l’innocuité d’un médicament d’avoir plus rapidement accès à des thérapies. Cette validation du CoronaVac par l’OMS permettra surtout au système Covax, qui fournit des doses de vaccins aux pays moins développés, d’envisager de disposer de vaccins supplémentaires. De nombreux pays d’Afrique (Nigeria, Centrafrique, RDC, Madagascar…) et d’Asie (Afghanistan, Inde, Pakistan, Corée du Nord…), ainsi que certains pays d’Amérique du Sud et centrale (Guyana, Bolivie, Salvador) sont visés par ce dispositif.
Comment est-il surveillé en Europe ?
Le vaccin de Sinovac fait l’objet d’un « examen continu » par l’Agence européenne des médicaments depuis le 4 mai, une procédure mise en place pour une demande d’autorisation de mise sur le marché dans l’Union européenne. Cette procédure, lancée à partir de premières études du vaccin montrant « qu’il déclenche la production d’anticorps contre le SARS-CoV-2 », permet d’évaluer les données liées au vaccin « dès qu’elles sont disponibles », pour « déterminer si les bénéfices du vaccin l’emportent sur les risques », détaille l’agence.
Les vaccins de Pfizer, Moderna, Johnson & Johnson et AstraZeneca sont tous passés par ce processus d’autorisation, qui permet « d’accélérer l’évaluation d’un médicament prometteur en cas d’urgence en santé publique », détaille l’Agence européenne des médicaments. Pour ces vaccins, les procédures « d’examen continu » ont duré entre trois et quatre mois.
Va-t-on avoir ce vaccin en France ?
Ce n’est pour l’instant pas prévu. Interrogés à ce sujet, les services de la Commission européenne, qui gère les commandes des vaccins pour l’Union européenne, confirment n’avoir pas précommandé de vaccins CoronaVac. A ce stade, les pays membres de l’UE ne risquent pas d’avoir besoin de Sinovac dans le futur : la Commission a déjà « sécurisé 4,4 milliards de doses pour quelques 450 millions d’Européens via 6 contrats actuellement » (Pfizer-BioNTech, Moderna, CureVac, Oxford-AstraZeneca, Johnson & Johnson, et Sanofi), rappelle l’institution.