« Ça va, chérie ». Derrière le podium protocolaire, Julian Alaphilippe aperçoit Marion Rousse, la directrice adjointe du Tour de La Provence, mais surtout sa compagne. L’heure n’est pas encore aux épanchements privés. Julian Alaphilippe, finalement deuxième du classement général grâce à une bonification, prise, ce dimanche, en cours d’étape, est convoqué pour le podium final. « Ça ne mange pas de pain, sourit-il à l’évocation de cette bonification. Deuxième au général, ce n’est pas forcément ce que j’avais imaginé au départ, donc c’est super. C’est une fierté de porter ce maillot, de le montrer et de le faire briller. »
« Exact au rendez-vous »
Mais au-delà d’un classement qui peut apparaître anecdotique pour un coureur de sa trempe, c’est surtout la forme affichée dès la mi-février qui est porteuse d’espoir. La 3e étape, sur un mont Ventoux glacé, lui a prouvé qu’il était capable d’être le seul à suivre de purs grimpeurs comme les Colombiens Ivan Sosa, le gagnant de ce Tour de La Provence, et Egan Bernal, le vainqueur du Tour de France 2019. Avant, Alaphilippe lâchait dans ce type d’effort. Aujourd’hui, il prend l’initiative et ce sont les autres qui regardent son dos.
Lentement cette mue, appelée par ceux qui voient en lui un vrai prétendant au podium du Tour, se façonne et se cisèle. « Il ne faut pas dire que le plateau n’était pas relevé, note Thomas Voeckler, le sélectionneur de l’équipe de France. En face, les Colombiens Sosa et Bernal sont parmi les tout meilleurs grimpeurs du monde. Et Julian, qui n’est pas dans le même registre, est arrivé à les suivre. Cela ne m’a pas surpris car j’avais eu des infos de sa part sur l’hiver qu’il avait passé. Il a pu travailler comme il le voulait malgré sa blessure à la main. Il était exact au rendez-vous. »
Si Alaphilippe veut d’abord retenir les deux succès d’étapes de son coéquipier Davide Ballerini, il sait que tout va bien pour lui. La blessure à la main, contractée en octobre lors du Tour des Flandres, est oubliée. « La prochaine étape, c’est le Het Nieuwsblad, le 27 février (NDLR : une course de pavés dans les Ardennes belges). Ce sera une découverte pour moi et je suis impatient d’y être. Tout ce qui arrive maintenant va être très important. J’ai un gros programme jusqu’à Liège-Bastogne-Liège le 25 avril. Ce ne seront que des courses qui me plaisent et me motivent. »
Bilan tricolore contrasté
A côté de lui, Voeckler reste admiratif : « Son bilan en termes de condition physique est plus qu’encourageant. Tous les voyants sont vraiment au vert. »
Chez les autres têtes d’affiche françaises de l’épreuve, le bilan de ces 4 jours est plus contrasté. Arnaud Démare (Groupama – FDJ) n’a existé que dans le sprint de la 1re étape (2e) avant de disparaître lors des deux autres. Nacer Bouhanni (Arkea-Samsic), a cru, lui, s’offrir la 4e et dernière étape, remportée par l’Allemand Phil Bauhaus (Bahrain-Victorious). Mais Bouhanni, finalement 3e, aurait pu s’imposer s’il n’avait été serré sur une barrière, à la limite de la faute, par Ballerini.
