Dans l’Eure, les travailleurs du BTP privés de restaurant déjeunent… à la mairie
Pour réchauffer le cœur et les entrailles des travailleurs du Bâtiment privés de restaurants à cause du Covid en cet hiver, Laurance Bussière, maire de Daubeuf-la-Campagne, près du Neubourg a trouvé la solution. Egalement présidente des Maires ruraux de l’Eure, elle a décidé d’ouvrir sa salle du conseil dès qu’une entreprise le lui demande. « J’ai fait l’école hôtelière dans ma jeunesse, ça ne s’invente pas! », plaisante-t-elle en accueillant son premier hôte.
L’artisan qu’elle reçoit à sa table municipale ce vendredi, c’est David Lefrançois, un menuisier de 50 ans. Venu avec sa « gamelle », comme on dit dans le métier, et son masque floqué au nom de son entreprise spécialisée dans les dressings sur mesure, l’homme peut enfin manger quelque chose de chaud… et se voit même vu offrir le café.
Obligés de manger leur gamelle dans la camionnette
« Nous sommes un département rural, explique l’élue en fin de repas. Et on a tous un artisan de passage dans notre village. Les maires peuvent prêter une salle de leur commune lorsqu’une entreprise les appelle, c’est légal, j’en ai eu confirmation de la préfecture. »
« Depuis la fermeture des restaurants », David Lefrançois, son apprenti et son salarié, déjeunent dans leur camionnette. Assis les uns à côté des autres, sans masques, ce n’est pas la meilleure façon de respecter les règles de distanciation physique : « En temps normal, on se trouve un restaurant au service rapide près du chantier du moment, pas trop cher et équilibré », raconte le menuisier.
« Le contraire du repas d’affaires, prend-il le soin de préciser. Mais entre acteurs du BTP, on s’échange les bonnes adresses ». C’est ce qu’on appelle dans le milieu « les tables ouvrières » ou le « menu ouvrier ». Des lieux conviviaux où les compagnons peuvent dépenser leur « panier », une indemnité nourriture, d’environ 10,50 euros dans l’Eure.
Le préfet de l’Eure n’a pas rouvert les restaurants
Contrairement à d’autres départements français, qui ont donné leur feu vert à la réouverture de certains restaurants à l’intention des travailleurs BTP, l’Eure ne s’y est pas résolu. « On commence à sentir une lassitude, car on est dans des métiers physiques. Les gens sont déjà dehors toute la journée », commente Patrick Lefeu, secrétaire général de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment de l’Eure (Capeb).
« Pour le moment, la préfecture nous a seulement proposé l’ouverture d’un restaurant par gros chantier et rien pour les petits chantiers. Or, ce sont ces ouvriers et ces artisans qui ont besoin d’un endroit où se restaurer, les autres bénéficiant déjà d’espaces de restauration sur leur lieu de travail. » Sur les 4500 entreprises du bâtiment domiciliées dans l’Eure, 98 % ont moins de 20 salariés.
David Lefrançois fait justement partie de ces petits patrons du BTP qui mettent les mains dans le cambouis tout comme leurs ouvriers. Après son déjeuner avec le maire, il est temps de repartir au travail, à 15 km du village. La semaine prochaine, rebelote, c’est à la mairie qu’il ira déjeuner. « La maison sera ouverte ! », lui confirme Laurance Bussière sur le pas de la porte.