Dans un calendrier si contrarié par la crise sanitaire, le hasard veut que le Marathon de la Liberté se coure pile le 6 juin cette année, 77 ans après le D-Day sur les côtes normandes. A condition que la manifestation puisse se tenir… Déjà annulé l’année dernière, l’événement est en effet en suspens. « Nous prendrons la décision définitive le 4 avril, explique le directeur du Marathon, Nicolas Hassane. Au-delà, nous devrons engager des frais, nos ressources humaines et passer des commandes. Nous pensons aussi aux concurrents, qui réfléchissent à leur préparation. Nous devrons avoir des certitudes. »
Le marché de la location orphelin
Le spectre d’une deuxième année blanche plane au-dessus de ce festival de course à pied, étalé sur un week-end entre Caen et la mer. A la sortie de Courseulles-sur-Mer, à quelques encablures de la ligne de départ de la course phare, Fabienne est dépitée. Propriétaire d’un appartement de location, elle est orpheline des marathoniens. « On a une vingtaine d’habitués. Ils viennent à tour de rôle six ou huit mois avant, pour s’entraîner. On les revoit à quelques semaines du grand jour pour se remettre le parcours dans les jambes. » Certains louent le logement les derniers jours avant le départ. Autant de petites habitudes qui ont créé des amitiés avec la propriétaire, friande de leurs anecdotes de course. « Mais cette année, rien. Personne n’a réservé. »
30 000 coureurs sur trois jours
Environ 30 000 personnes défilent sur les trois jours d’épreuves, du 10 km au marathon en passant par la Pegasus, semi-marathon du nom du premier pont libéré le Jour-J, d’où s’élancent les participants. Sans oublier, entre autres, la Rochambelle, où des milliers de femmes vêtues de rose courent au profit de la lutte contre le cancer du sein. Les Courants de la Liberté, leur ancienne appellation, sont très populaires. Y compris derrière les balustrades. « Il y a beaucoup de monde pour encourager les coureurs, commente Laurence, fleuriste à Saint-Aubin-sur-Mer. J’ai beaucoup de respect pour eux. C’est beau de les voir passer. »
Un hommage aux combattants du D-Day
La première partie du marathon longe les plages du Débarquement. Une vocation mémorielle qui a son importance pour Laurence : « Mes grands-parents ont créé la boutique en 1938. Ils ont vécu la guerre et le D-Day. Cette course est émouvante. C’est un hommage ». Ce clin d’œil sportif à l’Histoire a vu le jour en 1988 avant de grandir. Jean-Christophe James en garde de lointains souvenirs. Cet habitant de Mathieu, au nord de Caen, a pris le départ de la Pégasus en 1995 et participé à chacune des courses jusqu’en 2008. « Avant, Mathieu se situait au 35e km du marathon. C’est un moment où vous avez besoin de soutien. Quand vous traversez votre village, ça redonne de l’énergie. »
Pas de nouvelles inscriptions cette année
La petite commune est très attachée à l’événement, elle qui vit passer jusqu’à trois épreuves par édition : 10 km, semi et marathon. Les deux dernières cités empruntent encore les rues de Mathieu. « C’est toute une organisation, clame, tout sourire, Edith Duboille, maire adjointe en charge de l’animation. 80 bénévoles sont mobilisés pour l’organisation chez nous. C’est un rituel. Pour toute la ville, c’est un moment de rencontre, une grande animation. » Des centaines de personnes applaudissent le peloton à Mathieu, notamment autour de la mairie, où joue un groupe de musique.
Autant de scènes qui pourraient à nouveau ne persister que dans les mémoires en 2021. L’organisation, qui avait espéré jusqu’au bout pouvoir organiser les courses l’an dernier, joue la carte de la prudence. « Il n’y aura pas d’inscriptions cette année. Seuls les coureurs qui avaient reporté la leur en 2020 pourront participer si l’événement a lieu », prévient le directeur du Marathon. Le festival de running pourrait être l’une des premières grandes animations à avoir lieu à nouveau. « Ce serait un beau symbole de liberté », glisse Nicolas Hassane. Un espoir bien incertain, près de deux ans après une édition inoubliable, en 2019, pour le 75e anniversaire du Débarquement de Normandie.
