Paris : acquittement pour Emile, le SDF jugé pour avoir causé la mort d’un voisin de chambre
Ses avocats cherchent dans leurs affaires. Olivia Ronen tend à Emile un ticket de transport. C’est un Pontoise-Paris mais ça fera l’affaire. Ce SDF de 65 ans accusé d’avoir causé la mort de Jonas, un Lituanien de 58 ans au moment des faits le 9 décembre 2017, retrouve la liberté ce mercredi soir après 3 ans et demi passés derrière les barreaux. La cour d’assises de Paris l’a acquitté au terme de trois jours de procès durant lesquels l’enquête du 3e DPJ (district de police judiciaire) a été mise à mal. Ce à quoi s’est ajoutée l’audition de deux médecins légistes qui n’ont pu clairement établir un horaire de la mort. L’avocat général avait requis sept ans d’emprisonnement.

Jonas est décédé après avoir reçu des coups dans la soirée alors qu’il était dans la salle de bains d’un box du refuge La mie de pain, rue Charles-Fourier (Paris, XIII), qui héberge près de 350 SDF. Sa dépouille ne sera retrouvée par le personnel que le lendemain matin. Le quinquagénaire avait des soucis ORL et avait un état de santé qui s’était considérablement détérioré dans les semaines précédant sa mort.
Ils étaient quatre à vivre dans ce box, les policiers ont donc acquis la certitude que le suspect était l’un d’eux. Ce qui étayait selon les enquêteurs cette thèse ? Les images d’une caméra filmant l’entrée de la chambre montrant que les quatre SDF avaient tous été présents dans la chambre au même moment entre 23 h 28 et 9 h 14. Ils occultaient au passage la présence d’une autre personne, non identifiée celle-là, à 21 h 03 le même soir.
«C’est un soulagement que cette enquête indigente qui concernait des indigents soit sanctionnée d’un acquittement»
Placés en garde à vue, deux des compagnons de chambre de Jonas ont été reconnus irresponsables pénalement. Ne restait plus qu’Emile qui a eu une simple altération du discernement. L’homme est alcoolique et peut être agité. Celui qui était surnommé Le Martiniquais n’a jamais reconnu les faits. Il a juste avoué avoir donné deux gifles à Jonas sans préciser quand. Les jurés ont donc répondu « oui » à la question des violences mais « non » au fait qu’elles aient entraîné la mort sans intention de la donner faisant ainsi une différence entre ces deux faits.
La tête toujours enfoncée dans les épaules, Emile essuie quelques larmes. Olivia Ronen et Martin Vettes, son autre avocat, se réjouissent : « C’est un soulagement que cette enquête indigente qui concernait des indigents soit sanctionnée d’un acquittement tant le doute était permis. »
Si le parquet général ne fait pas appel, Emile pourra demander réparation à l’Etat pour les années passées en détention provisoire.