Paris : au Foyer de la Madeleine, en prenant un repas complet pour 12 euros, vous faites une bonne action !
« Pour que le Foyer puisse continuer à fonctionner, il faut aller chercher les gens du quartier, les artisans, tous ceux qui travaillent dans les boutiques alentour, les attirer par nos plats de qualité et nos petits prix », résume Alain Dorfner, 79 ans et tout jeune président du Foyer de la Madeleine depuis seulement une dizaine de jours. Un objectif qu’il s’est fixé alors que ce restaurant associatif fait sa réouverture ce mercredi midi.
Avec sa fidèle équipe, il compte bien relever le défi et continuer à faire vivre cette institution parisienne : En 1969 s’est créée ici une association afin de poursuivre l’engagement historique du lieu de nourrir les personnes de toutes origines pour un prix modique. Plus de 50 ans après, le service aux démunis qui peuvent bénéficier d’un repas — du lundi au vendredi, entre 11h45 et 14 heures — pour 1 euro symbolique, se poursuit. Une affaire qui trouve son équilibre avec les habitués qui remplissent en temps normal cette jolie salle voûtée de plus de 100 mètres de long, cachée dans la crypte de l’église de la Madeleine et qui, eux, payaient jusqu’à aujourd’hui leur repas à 10 euros.
Mais avec la crise du Covid, même les initiatives les plus généreuses se voient confrontées à la logique comptable. « En 2019, en servant en moyenne 285 personnes par jour dont 20 à 25 personnes démunies, nous avons fait 600 000 euros de chiffre d’affaires. Mais en 2020, après le confinement, nos fidèles clients ne sont pas revenus. A cause du télétravail, ils sont restés chez eux. Et ceux qui venaient sur Paris ne voulaient sans doute pas se retrouver en sous-sol. Résultat, nous n’avions plus que 80 à 100 convives chaque jour. On a fait 275 000 euros de chiffre d’affaires, on a perdu 147 000 euros et nous avons 116 000 euros de dettes. Le drame, c’est que nos frais fixes sont restés les mêmes alors que nous ne pouvions plus faire face », calcule Alain Dorfner. Il a fallu alléger les charges et passer de 7 salariés à quatre seulement. Et trouver la bonne formule pour l’ouverture de la salle, ce mercredi, avec une demi-jauge maximum à 175 places.
Une baisse de la cotisation à l’association
« Pendant que nous sommes restés fermés en 2021, j’ai fait une trentaine de simulations différentes pour trouver l’équilibre », explique Christian Pattein, 33 ans, directeur depuis trois ans du Foyer après avoir fait sa formation dans la restauration et avoir travaillé dans des maisons étoilées. Le self n’était pas la solution pour des raisons sanitaires. Sous traiter la gestion n’était pas satisfaisant. « Nous avons fait le choix d’améliorer la qualité avec une offre de trois entrées fixes au choix, trois plats fixes et une proposition de quatre accompagnements. Un menu du jour, entrée plat dessert est aussi proposé pour 12 euros », annonce-t-il en présentant une jolie carte avec la formule alléchante de plats traditionnels avec le fish and chips maison, l’entrecôte sauce au poivre ou le filet mignon de porc aux épices et ses desserts faits sur place. Le tout confectionné par Sandra Gomes, 33 ans, sur qui tous les espoirs de la relance reposent.
Du plus démuni à l’avocat du quartier
Mais même ici, on n’attend pas des miracles. La recette est simple : les produits sont de qualité. Et l’ambiance se veut toujours chaleureuse… avec sa touche de solidarité et le plaisir d’accueillir tout autant le chauffeur de taxi, les ouvriers de la rénovation des colonnes de l’église qui vient d’être lancée, les vendeuses ou les avocats du quartier. « Si on a un service de 100 personnes, on s’en sort », estime le président de l’association. Tout ce petit monde, étant servi par 15 bénévoles sur une armée de 150 personnes qui peuvent venir à la rescousse.

C’est d’ailleurs vers eux que s’est d’abord tourné Alain Dorfner en leur lançant un appel aux dons. « Il nous faudrait 2 000 à 3 000 euros pour pouvoir continuer à servir le plus grand nombre de démunis. En huit jours, on a déjà récolté 1 200 euros. C’est pas mal », se réjouit-il. L’appel est aussi aujourd’hui lancé aux habitués qui peuvent toujours faire un chèque à l’ordre du foyer de la Madeleine, en précisant bien « pour le repas à 1 euro ».
Enfin, si le repas à la carte subi une petite augmentation de 2 euros, « les plats servis à l’assiette », précise Christian la cotisation annuelle à l’association, elle, passe de 9 euros à 5 euros. Un rabais qui devrait pouvoir attirer les curieux. Qui, immanquablement, deviendront des habitués.