L’industrie textile est plus polluante que les transports aériens et maritimes réunis. Quand il s’agit de produire des fibres synthétiques et notamment de polyester, le bilan carbone est d’autant plus calamiteux qu’elles sont issues de la pétrochimie. Mais c’est sans compter sur la greentech Fairbrics, qui dispose de la technologie pour valoriser le C02 émis par les industries, en billes de polyester puis en tissus.
La science est magique ! Sinon, comment qualifier la technologie mise au point par la startup Fairbrics, qui consiste à transformer le C02 en billes de polyester puis en fils textiles ? Les tissus en fibre polyester sont parmi les plus utilisés au monde mais aussi les plus polluants, car fabriqués à partir du pétrole.
Certaines fumées issues des industries sont très concentrées en dioxyde de carbone. Cette pollution, Fairbrics la transforme en richesse, grâce à la technologie développée par Tawfiq Nasr Allah l’un des cofondateurs de la startup avec Benoît Illy. Ces deux ingénieurs docteurs en chimie se sont rencontrés dans l’incubateur Entrepreneur First (hébergé à Station F, à Paris) qui mise sur des talents plus que sur des projets. Cette excellente initiative a permis à Tawfiq, qui disposait de l’idée et de l’innovation, et à Benoît qui voulait se lancer dans la création d’entreprise, de conjuguer leurs atouts pour faire naître Fairbrics. « Notre technologie paraît magique mais en réalité nous ne faisons que reproduire ce que font les arbres, qui se développent en capturant le C02, transformé par des enzymes en fibres naturelles. Nous réalisons la même chose en laboratoire en utilisant des catalyseurs dans lesquels nous mélangeons le gaz carbonique avec un solvant, ce qui produit des réactions chimiques générant elles-mêmes les molécules permettant de préparer du polyester. » Forte de cette invention révolutionnaire, l’entreprise a lancé un nouveau matériau innovant pour l’industrie textile baptisé Airwear. « Nous en sommes au stade de la démonstration, et c’est pourquoi nous allons jusqu’au produit final, à savoir le vêtement. Mais à terme, l’idée sera de faire de la licence de technologie pour des fabricants, en nous limitant à la production de billes de polyester, afin de restreindre nos investissements en matériel. »
Aujourd’hui la méthode Fairbrics permet d’intégrer 30 % de C02 valorisé dans le polyester, et de diminuer l’empreinte carbone du produit final de 50 %, mais l’entreprise travaille déjà sur une seconde version, afin d’obtenir des vêtements à l’impact neutre et de qualité identique. « C’est la grande force de ce produit : le changement est transparent pour la chaîne de production et le consommateur final, qui exerce une forte pression sur les fabricants de vêtements pour rendre leur industrie moins polluante et plus vertueuse. Il s’agit donc d’un enjeu mondial. »
Les industriels l’ont bien compris et voient le potentiel de ce procédé, lauréat en 2020 du grand concours organisé par la Fondation H&M, le Global Change Award, qui récompense les innovations conduisant le secteur sur la voie de la durabilité et distingue pour la première fois une entreprise française. Fairbrics est aussi l’une des finalistes du LVMH Innovation Award.
Décarboner l’industrie n’est pas seulement un impératif environnemental, une nécessité vitale que l’on ne peut plus reconduire. Plus prosaïquement, il s’agit d’un marché en très forte croissance et les greentechs françaises ont une carte à jouer en la matière, d’autant que dans son large plan de relance, Bpifrance consacre 1,2 milliard d’euros à cette thématique et a lancé la communauté Les Deeptech pour fédérer ses acteurs. Fairbrics est d’ailleurs un membre actif de cette communauté.
« Le travail réalisé par la banque publique pour soutenir les startups de la deeptech est vraiment précieux. Après l’obtention d’une bourse French Tech Emergence de 90 000 € pour lancer la société en 2019, elle a presque doublé notre levée de fonds en Seed l’an passé – qui se montait à 880 000 euros au total – la moitié sous forme de prêt, l’autre sous forme de subvention. Aujourd’hui, nous bénéficions d’un accompagnement personnalisé pour nous préparer au prochain tour de table. » Car l’ambition de Fairbrics est de rapidement monter en puissance et de construire une ligne pilote (près d’une source de CO2 donc d’un industriel) afin de sortir la technologie du laboratoire et des quelques centaines de grammes de billes de polyester produits par jour, pour atteindre plusieurs tonnes par an. « Lorsque nous avons créé la société, nombre de gens essayaient de nous décourager face à l’importance du projet et des investissements associés. Mas finalement, son ambition c’est sa force, et c’est qui nous permet aujourd’hui de trouver des partenaires. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter à se lancer, ne pas avoir peur de l’échec et garder le cap, quoi qu’on vous objecte ! »
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Photo : Tawfiq Nasr Allah et Benoît Illy, cofondateurs et dirigeants de Fairbrics
Crédit photo : ©Fairbrics
