Au sein du service pneumologie de l’hôpital de Montfermeil (Seine-Saint-Denis), la « décrue » se compte au nombre de chambres dédiées aux patients atteints du Covid-19 : ce lundi matin, ils occupaient quinze lits, soit un sur deux. Au plus fort, la totalité du service était submergée par des malades du Covid. « Il y a trois semaines, la situation aurait été bien plus difficile », souffle le Dr Cyril Maurer, chef du service de pneumologie, qui procède à une « réorganisation prudente » : « On a peur que ce déconfinement s’accompagne d’un relâchement, soupire-t-il. On peut vraiment craindre une reprise de l’épidémie, sachant que la pression (NDLR : sur les hôpitaux) est bien plus forte qu’à la sortie des précédentes vagues. »
Depuis plus d’un an, lui et son équipe ont dû revoir toutes leurs habitudes de travail, au gré des vagues successives : « Nous prenons en charge des malades du Covid, atteints de pneumonie étendue, qui requièrent de forts débits d’oxygène et une surveillance extrêmement rapprochée. Mais avec beaucoup moins de personnel que dans les services de soins critiques », détaille le chef de service.
Concrètement, une infirmière de réanimation s’occupe de deux à trois patients quand une infirmière de pneumologie devait en surveiller dix, au plus fort de la vague. « Ici, les patients ne sont pas surveillés en permanence, ils n’ont pas de monitoring, poursuit le médecin. Donc c’est un ballet continu pour aller surveiller la saturation et la fréquence respiratoire. Cela nécessite une vraie abnégation et beaucoup plus de personnel. »
«On a des soignants arrêtés, épuisés, qui partent, qui ne sont pas remplacés»
À Montfermeil comme ailleurs, le personnel manque cruellement : « On a des soignants arrêtés, épuisés, qui partent, qui ne sont pas remplacés, qui sont désabusés », énumère le Dr Maurer, rappelant que la directrice des soins de l’hôpital est décédée du Covid-19 en mars 2020. « Certains soignants ont été gravement touchés, ils ont été en réanimation. »
Autant de traumatismes qui s’ajoutent, lors de cette troisième vague, à la poursuite d’une activité hors Covid toujours forte. « Il a fallu gérer sur les deux fronts », résume le médecin. À côté des patients Covid, « on avait des découvertes de cancers compliqués, des décompensations d’insuffisance respiratoire, des crises d’asthme sévères… Hors période Covid, on a parfois un certain équilibre entre les patients avec des pathologies un peu moins lourdes. Si on n’a que des cas très graves, on ne tient pas. »
