La Ville de Paris est de plus en plus critiquée pour la végétalisation de son espace public, et notamment de ses pieds d’arbres. 1 % de ceux-ci sont gérés par des particuliers, dans le cadre des « permis de végétaliser » créés en 2015. Emilie, 41 ans, une habitante du XXe arrondissement qui en détient une dizaine, s’y est mise dès le lancement de l’initiative.
Vous avez demandé des permis de végétaliser dès leur instauration par la Ville de Paris en 2015. Pourquoi ?
ÉMILIE. J’avais envie de plus de verdure dans mon quartier. Même si nous avons plusieurs parcs dans les environs dans lesquels nous sortons en famille, en bas de chez moi, je trouvais que c’était un peu triste, trop gris. C’est devenu un super outil de lien social dans le quartier entre les riverains, les commerçants… Et moi, ça a changé ma vie ! J’en ai fait mon métier : maintenant, j’accompagne des entreprises qui veulent se lancer dans la végétalisation de leur espace.
Quels conseils donneriez-vous à une personne qui veut se lancer ?
D’abord, il faut éviter d’être seul parce que cela demande beaucoup de temps et il faut pouvoir compter sur d’autres personnes pour arroser, notamment lorsque l’on s’absente. Ensuite, pour les essences à planter, il faut éviter de prendre des plantes que les passants seraient tentés de voler, comme des rosiers. Ça m’est arrivé au tout début de voir des plantations disparaître. Il faut aussi privilégier les plantes qui ne nécessitent pas beaucoup d’eau, parce que l’arrosage, parfois, peut virer à la vraie galère. Et ne pas planter de toxiques. Et puis, bien laisser en évidence une affichette expliquant que les lieux sont entretenus par les riverains.
Comment avez-vous fait pour que les pieds d’arbres que vous entretenez soient respectés ?
Il faut impliquer les gens du quartier. Sur la place, nous sommes allés voir les sans-abri pour leur demander de veiller aux plantations qui venaient d’être faites, éviter que les gens ne jettent leurs canettes dessus. Et ça a marché ! Nous avons aussi demandé aux restaurants qui installaient leurs terrasses sur la place de faire attention et leur avons proposé de jeter l’eau des carafes non bues sur les plantes. Les plantes « couvre-sol » sont aussi un bon moyen de masquer les petits déchets que les gens jettent, comme les emballages de cigarettes ou les mégots. En les couvrant, on évite que d’autres personnes ne se permettent d’en jeter de plus gros. Mais c’est vrai que tout cela demande du temps : c’est un entretien de tous les jours, d’où l’intérêt d’être plusieurs à s’en occuper.
Comprenez-vous que certaines personnes critiquent parfois l’aspect un peu dégradé et sale que peuvent donner des pieds d’arbres mal entretenus ?
Bien sûr ! Mais planter dans la rue, ce n’est pas si facile. Parfois, les passants s’en moquent et laissent leurs chiens piétiner les fleurs. C’est pour cela, d’ailleurs, qu’il faut mettre des barrières à 40 centimètres du sol pour éviter les intrusions. On manque aussi souvent de conseils, même si on peut aller se renseigner à la Maison du jardinage. Et puis, parfois, on tente des choses qui ne marchent pas toujours. Nous, par exemple, nous avions fabriqué des jardinières avec des bancs intégrés en bois et les rats se sont installés dedans. Mais les autres bancs que nous avons mis autour de la jardinière, eux, plaisent bien aux gens qui aiment s’y asseoir pour la pause déjeuner. Après, la coiffeuse chargée du pied d’arbre doit parfois vérifier que des papiers sales n’ont pas été laissés… C’est un entretien quotidien.
