« Dans le IIe arrondissement de Paris, on ne peut pas dire que le Covid a fait chuter les prix. Ici, la tendance n’est pas à la baisse », estime Richard Tordjman, conseiller immobilier chez Moriss (110, rue Réaumur). « Bizarrement, malgré le contexte, les prix sont orientés à la hausse », renchérit David Rosenthal, gérant de Novagence Immobilier (102, rue d’Aboukir).
Deux constats qui confirment l’un des principaux enseignements du baromètre établi par Meilleurs agents et que le Parisien dévoile : du 1er mai 2020 au 1er mai 2021, les deux seuls arrondissements parisiens où la cote des appartements a progressé sur an, malgré la crise sanitaire, sont les XIXe (+0,6%) et IIe (+0,3%). Tous les autres accusent des baisses sensibles, les plus importantes étant relevées dans les Ve (-4,6%) et IIIe (-4%).
Des acquéreurs plus pointilleux
Si tous les professionnels s’accordent pour reconnaître le dynamisme du marché dans le plus petit arrondissement de la capitale, coincé entre les Halles et le Palais royal au sud, et les grands boulevards au nord, le boulevard de Sébastopol à l’est, et l’Opéra Garnier à l’ouest, Sandrine Hélin, gérante de Paris Immobilier (33, rue Tiquetonne), nuance ce constat : « Il y a une stabilisation des prix sur un an mais pas de hausse. »
Cette spécialiste de l’immobilier qui exerce dans le quartier depuis 30 ans, poursuit : « Dès qu’un bien présente un défaut (manque de lumière, bas de plafond, vis-à-vis, bruits de la rue…), la baisse de prix est assez conséquente. De l’ordre de 5 à 10% par rapport à début 2020, époque à laquelle je vendais plus facilement ce genre de logements. La crise sanitaire a mis un frein aux prétentions des propriétaires, d’autant que les acheteurs sont très informés. »
À l’en croire en revanche, « les appartements en parfait état partent au prix demandé ». Et de citer l’exemple de ce 85 mètres carrés avec terrasse de 20 mètres carrés situé dans une voie perpendiculaire à la rue Montorgueil, au sixième et dernier étage avec ascenseur, offrant une vue à 360 degrés sur Paris, qui vient de changer de mains pour 1,6 million d’euros. Soit… 18 823 euros du mètre carré, sans compter les travaux !
Un prix stratosphérique qui s’explique par la rareté du bien en question, la moyenne dans le IIe se situant « dans une fourchette de 12 à 13 000 euros le mètre carré, alors que nous étions plutôt entre 13 et 14 000 euros il y a un an, sachant que dans certains secteurs comme la rue Blondel, où il y a des prostituées, les transactions se font à 10 000 euros le mètre carré », indique Sandrine Hélin. « On ne vend plus à des tarifs exorbitants. Le marché tourne autour de 11 500 à 14 000 euros le mètre carré », ajoute Richard Tordjman.
Un quartier qui s’est bien transformé
Tout en se félicitant d’avoir plus d’appartements en portefeuille – « 25 aujourd’hui contre une dizaine il y a un an » – la gérante de Paris Immobilier observe que « les délais de vente sont plus longs, de 5 à 7 semaines désormais, voire 2 mois, contre 2 semaines auparavant. Les clients prennent le temps de réfléchir, ils reviennent parfois plusieurs semaines après la visite. »
Si le marché est dynamique, c’est aussi, remarque Sandrine Hélin, parce que « certains propriétaires, échaudés par les confinements, vendent non pas pour quitter Paris mais pour racheter un bien plus adapté à leur besoin, avec un séjour plus grand, un bureau, plus de lumière et pourquoi pas un petit espace extérieur. »
Quant à savoir pourquoi les acquéreurs, prêts à payer le prix fort, plébiscitent le IIe, les spécialistes de l’immobilier répondent à l’unisson : « C’est le centre de Paris ! » Richard Tordjman explique : « La rénovation réussie des Halles a changé la donne. Ici, autour de la rue Montorgueil, toujours très attirante, on peut tout faire à pied ». Naguère délaissé, « le Sentier est en pleine transformation : de nombreux ateliers de prêt-à-porter quittent le quartier pour aller à Aubervilliers ou Pantin (Seine-Saint-Denis), remplacés par des restaurants, des salons de coiffure, des boutiques… qui attirent les jeunes », ajoute David Rosenthal.
Pour toutes ces raisons et aussi parce que « la desserte par les transports en commun est remarquable : pensez au RER B qui vous emmène directement à l’aéroport de Roissy », Sandrine Hélin conclut : « Le IIe reste une valeur sûre ».
