L’ancienne station de ski de Saint-Honoré 1500 est un triste amas d’immeubles en béton jamais achevés, dont les silhouettes grises se détachent sur les alpages au-dessus du plateau matheysin. « Elle incarnait la ruée vers l’or blanc dans les années 1970, quand les mines de charbon de la Mure ont fermé. Malheureusement le projet a capoté à cause d’un promoteur immobilier véreux. L’orientation sud ne garantissait pas un enneigement pérenne pour le ski. Mais on ne peut pas regarder ce béton pourrir éternellement, c’est une verrue dans le paysage », dénonce Christophe Stagnetto, habitant depuis 16 ans l’un des seuls bâtiments viables de la station, peu après l’arrêt définitif des remontées mécaniques en 2003.
Saint-Honoré 1500 symbolise le phénomène des installations obsolètes qu’aimerait éradiquer Mountain Wilderness, une association engagée pour la défense de l’environnement montagnard depuis 1987 et basée à Grenoble. Pour atteindre ce but, elle vient de lancer un site Internet sur lequel chacun pourra signaler toute infrastructure tombée en désuétude, au détour d’une randonnée par exemple.
Nicolas Masson, administrateur bénévole de l’association, espère que les contributions extérieures enrichiront la base de données déjà constituée depuis deux décennies, numérisée à cette occasion. « On veut que le site devienne le Wikipédia des installations à démonter en montagne. Faire appel à tous ceux qui arpentent les montagnes permettra de combler des lacunes, surtout dans les Pyrénées qui sont moins fréquentées par nos adhérents. » Chaque signalement effectué sur le site est contrôlé par l’association avant d’être matérialisé par un point orange. L’ONG estime à 3000 le nombre d’installations obsolètes sur le territoire national.
Au-delà de l’impact visuel, des nuisances pour la faune
Si l’on pense d’abord aux vestiges touristiques dont la station de Saint-Honoré est le plus illustre exemple, ainsi qu’aux remontées mécaniques prenant la rouille, les installations obsolètes ont des origines bien plus variées. « Elles peuvent être militaires, surtout sur la frontière franco-italienne. On est aussi confronté à d’anciens sites industriels et miniers, ou tout simplement à des clôtures agricoles délaissées », énumère Nicolas Masson.
Au-delà de l’impact visuel, les installations obsolètes provoquent des nuisances pour la faune : les oiseaux quand il s’agit de la présence de câbles aériens, ou tout type de mammifère pour les barbelés au sol. Un danger qui vaut également pour les skieurs, randonneurs ou parapentistes. Une autre menace est la contamination des sols par des cuves de gasoil, utilisées pour alimenter dameuses et téléskis.
Il faut malgré tout être patient avant qu’un lieu signalé soit rendu à la nature. « Dix ans en moyenne après son recensement », estime l’administrateur de Mountain Wilderness, « car il y a beaucoup d’obstacles politiques et financiers. Pour une remontée mécanique, par exemple, il faut d’abord que les locaux en fassent le deuil, puis que les collectivités et les propriétaires assument une partie des coûts de démontage qui avoisine en moyenne les 10 000 euros. Ce n’est que depuis 2016 que la loi oblige à démonter les remontées mécaniques inutilisées pendant plus de 5 ans. » L’association a elle-même mené 60 chantiers grâce à ses bénévoles depuis une vingtaine d’années, allégeant les versants de plus de 500 tonnes de métal. Sur la carte du site participatif, chaque lieu nettoyé passe de la couleur orange à verte, permettant ainsi de garder une trace de ce qui a disparu. Saint-Honoré 1500 n’est pas encore prête à changer de couleur.
