Erosion du littoral : dans la Manche, la ferme des Marais chassée par la marée

Ce qui n’était qu’une menace lointaine devient une réalité douloureuse. À Montmartin-sur-Mer (Manche), la ferme des Marais, partagée entre élevage et accueil touristique grâce à un gîte et un camping, est désormais sous la menace immédiate de la mer. Pour la première fois sur les côtes de la Manche, une activité professionnelle est contrainte de déménager… à cause de la montée des eaux.

« Les tempêtes de 1999 ont ouvert une brèche dans les dunes qui séparaient notre ferme de la mer. Depuis, l’érosion a progressé de manière exponentielle d’années en années. On a même perdu presque d’un coup 500 mètres de linéaire que nous exploitions ! Et là, on vient à nouveau de perdre trois hectares de terres… Il suffit d’une nouvelle tempête cumulée à un fort coefficient de marée pour que la ferme elle-même se retrouve les pieds dans l’eau… », explique David Lecordier.

Toute une vie qu’il faut quitter

Cette ferme, c’est pourtant toute sa vie. Ses parents l’ont achetée l’année de leur mariage en 1956. Lui est né en 1972 et l’a reprise en 1993. Il n’a cessé de la faire évoluer au point d’y élever aujourd’hui plus de 300 agneaux et une trentaine de vaches allaitantes. Le gîte et le camping battent leur plein. Le camping, c’est aussi là que David a rencontré son épouse Claudine, qui y venait en vacances, et qui s’est elle aussi profondément attachée à ce lieu.

Il faut dire que la situation de la ferme est exceptionnelle. Elle semble comme déposée là, nichée au creux de l’un des havres les plus spectaculaires de la région, à la rencontre de ciels immenses, d’une végétation d’estran et de marées particulièrement marquées. « C’est sûr que ça va être un crève-cœur de partir d’ici. Longtemps, je me suis même dit que quoiqu’il arrive, on ne partirait pas. Je peux vous dire qu’on a eu quelques nuits courtes… »

« Mais, au fil du temps, poursuit David Lecordier, on se fait doucement une raison. De toute façon, la situation ne va plus cesser de se dégrader. La dune continue à s’éroder et les mouvements convergents de la mer et de la Sienne, la rivière voisine, vont finir par gagner de plus en plus de terrain. On se dit donc que, quitte à partir, mieux vaut le faire maintenant. On va avoir 50 ans… C’est le moment ou jamais. »

«Pas question de la brader»

Reste que les choses ne sont évidemment pas si simples. Le Conservatoire du littoral est en effet le seul acheteur potentiel de la ferme. Il faut donc trouver un terrain d’entente financier. Et, pour l’instant, on semble loin du compte. « On laisse non seulement toute notre histoire. Mais cette ferme, c’est aussi le travail de toutes nos vies, celles de mes parents et les nôtres. Il n’est pas question de la brader. On est conscients de la situation mais, nous ne partirons pas tant qu’on n’aura pas une proposition financière à la hauteur de tout ce que nous avons investi ici. »

Quant à savoir ce que deviendra la ferme, impossible de le savoir. Le Conservatoire n’a pour l’heure rien laisser filtrer sur son projet éventuel.

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