Calvados : Bernard, le tailleur qui donnait vie aux pierres
En se perdant dans les lieux-dits de la commune du Gast, dans le bocage virois, l’œil est attiré par un petit amas de pierres sur le bord de la route. Des visages, des postures… La main de l’Homme est passée par là pour façonner ces imposants blocs de granit. Les mains d’un homme même : Bernard Amphilat. Quelques centaines de mètres plus loin, son jardin offre un nouvel aperçu de ses pouvoirs.
« Là, c’est une Vierge, désigne cet ancien tailleur de pierre, âgé aujourd’hui de 88 ans. Ça, c’est une fontaine avec une tête animale. Et là un cheval… ou un rhinocéros, comme on veut. » Bernard laisse place à l’interprétation dans un sourire. Ces oreilles, taillées finement dans la roche, laissent planer un petit mystère. Des œuvres en tout cas « qui prenaient une journée ou une journée et demie à réaliser ! ». Désormais, plus question pour Bernard de manier marteau et poinçon aussi longtemps. « De temps, je bricole encore un caillou », glisse le retraité.
Toutes les pièces de son jardin et de la devanture de sa maison ont été réalisées pendant sa retraite. Mais, ceci explique cela, pendant 46 ans, Bernard a travaillé la pierre, formé lors d’un apprentissage de trois années, entamé à l’âge de… 14 ans. Depuis, le vieil homme a promené son savoir-faire. « Ici, il y avait beaucoup de tailleurs de pierre. On travaillait le granit, qui permettait de manger un peu de pain… Mais moi j’ai beaucoup voyagé et heureusement, car ça m’a permis d’en vivre. Je suis allé en Bretagne surtout. Les salaires étaient meilleurs. »

En carrière ou dans le bâtiment, Bernard a donc roulé sa bosse et taillé du caillou. Une tâche ardue, qui a laissé des traces : « En 46 ans, on respire… J’en ai beaucoup dans les poumons », confesse-t-il sobrement, ce qui lui vaut de toucher une petite pension. Le sculpteur intuitif n’a pas perdu la main. Il suffit de l’observer manier ses outils avec dextérité le temps d’une mini-démonstration. Poignet souple, coups déterminés, précis… Une patte devenue plus rare de nos jours.
« Maintenant, ce sont des machines qui font le boulot »
La demande a évolué, le mode de production aussi : « Maintenant, ce sont les machines qui font le boulot. Ce métier use les hommes. Il y a moins de monde pour le faire et l’homme coûte trop cher par rapport aux machines ». À l’époque, Bernard et ses confrères répondaient à tous types de commandes. Bernard conserve d’ailleurs chez lui une massive table de pique-nique. « On en avait vendu vingt-sept des tables comme ça à la Foire de Caen. Celle-là, c’était mon modèle. Je l’avais faite. L’entreprise me l’a donnée. »
Depuis sa retraite, Bernard Amphilat s’est souvent rendu disponible pour diverses représentations et expositions. L’âge avançant, il dit avoir moins l’énergie de « faire le pingouin pendant toute une journée ». Pourtant, de juin à septembre, l’Association pour la valorisation du patrimoine en pays séverin remettra son travail à l’honneur. Dans le cadre d’une exposition sur les granitiers et charbonniers, métiers emblématiques du territoire, plusieurs sculptures de Bernard seront montrées au public. Une vitrine taillée sur mesure pour un si joli savoir-faire.