Noisy-le-Grand : la maire retire sa délégation à une élue qui s’est «emportée» contre la police

Brigitte Marsigny avait promis une « mise au point ». C’est une mise à l’écart qui frappe Joëlle Hélénon, sa deuxième adjointe déléguée aux solidarités, à l’emploi et à la jeunesse. En lui retirant ses délégations le 12 avril, la maire de Noisy-le-Grand sanctionne son « manque de discernement » et son « comportement inadapté » lors de son intervention un mois plus tôt au commissariat.

Le 13 mars, cette juriste de 52 ans s’est rendue à l’hôtel de police de Noisy-le-Grand après l’arrestation de quatre adolescents plus tôt dans la journée aux Espaces Abraxas. « Des enfants de 14 ans très respectueux, bien éduqués et bons à l’école », décrit Joëlle Hélénon, accompagnée ce soir-là de la mère d’un des gardés à vue, elle aussi membre de la majorité municipale.

L’intervention de l’adjointe de Brigitte Marsigny s’expliquerait par l’incompréhension des familles quant aux motifs de cette interpellation. Si un policier a été blessé à la tête par un jet de pavé, l’avocat de l’élue mise en cause et des quatre enfants certifie qu’il n’est pas l’œuvre d’un de ses jeunes clients.

« Pendant près de trois heures, elle s’est illustrée par un comportement indigne de sa fonction »

Brigitte Marsigny ne reproche pas à sa désormais ex-adjointe de s’être rendue au commissariat. « En revanche, son emportement vis-à-vis des services de police n’avait pas lieu d’être, estime cette ancienne avocate. Le préfet de la Seine-Saint-Denis m’a adressé un courrier dans lequel il condamne fermement cette tentative d’immixtion d’une élue dans le travail de la police, ajoutant que pendant près de trois heures, elle s’est illustrée par un comportement indigne de sa fonction. »

Selon Maître Baptiste Prezioso, cette version des faits est mensongère. Il assure que des « violences policières » ont été commises et que la maire adjointe a été la cible d’injures racistes par des policiers après avoir exigé qu’un médecin constate l’hématome à la tête infligé à l’un des adolescents.

« Ils ont relâché ce gamin car ils ne voulaient pas qu’ils soient examinés par un médecin, lâche l’avocat. Les trois autres qui se trouvaient en garde à vue n’étaient pas blessés. Quand Madame Hélénon a constaté cela, elle a exprimé son désaccord de manière véhémente. »

L’intéressée confirme. « J’ai alors insisté et peut-être haussé la voix pour qu’on appelle un médecin, raconte-t-elle. Je n’ai jamais tenté de faire pression sur la police, j’ai seulement joué mon rôle de citoyenne. Des choses horribles se sont produites lors de cette interpellation. Les adolescents ont été traités de fils de chien, de sales arabes. L’un d’entre eux a eu quinze ans dans la nuit. Pour se moquer, les policiers ont diffusé une musique d’anniversaire… »

« Depuis un mois, je suis livrée aux chiens »

Maître Prezioso rappelle que le parquet a ouvert une enquête le 26 mars pour des faits de violences, d’abus d’autorité et d’injures raciales et qu’il a saisi le service de déontologie de la police. « C’est le début d’un scandale », prédit celui pour qui le courrier adressé par le préfet à Brigitte Marsigny s’apparente à de la subornation de témoin.

Le conseil de Joëlle Hélénon estime que le retrait des délégations de sa cliente est la conséquence d’un règlement de comptes politique orchestré par Eric Allemon, le premier adjoint de Brigitte Marsigny. Ce dernier a assisté à une partie de l’esclandre du 13 mars au commissariat.

« J’ai été témoin d’une colère importante de la part de Madame Hélénon mais je n’ai entendu aucun propos raciste », dit-il, tout en précisant n’avoir « aucun problème personnel » avec elle.

Selon lui, c’est le refus de cette dernière de présenter des excuses, ce qui lui a été demandé « à plusieurs reprises et cela pendant près d’un mois », qui a conduit la maire à sévir. « Le courrier du préfet est très ferme, observe-t-il. Tout le monde peut faire une erreur, mais dans ce cas-là on la reconnaît. »

« Ce n’était pas une erreur », balaie Joëlle Hélénon. La quinquagénaire se défend d’être « une élue anti-police ». Elle se dit « meurtrie » par le manque de soutien de ses collègues. « Nous sommes 34 dans la majorité : seules six personnes m’ont appelée et vingt élus ont lancé une pétition contre moi, déplore-t-elle. Mon nom a été souillé par des gens qui ne savent rien de la vérité. Depuis un mois, je suis livrée aux chiens. »

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