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Près de Belfort, une dizaine de maisons rasées pour rien autour d’un site Seveso

« Là, il y avait une belle maison occupée par un entrepreneur, ici, c’était l’ancienne garde-barrière, et là encore, une belle maison à colombages qui devait avoir deux siècles. Un peu plus loin, c’était un immeuble locatif de cinq appartements… » Jean-François Roost, l’ancien maire de Bourogne (Territoire de Belfort), montre les petites taches roses sur un plan déplié sur la table de la salle à manger. Autant de bâtiments qui n’existent plus, une dizaine en tout. Le dernier, un petit immeuble locatif, est tombé il y a seulement quatre mois, sous le coup des pelleteuses.

Cette série de démolitions dans la petite cité de moins de 2 000 âmes est la conséquence de la catastrophe d’AZF à Toulouse (Haute-Garonne), il y a bientôt vingt ans, en septembre 2001. Les périmètres de protection de sites classés Seveso ont, alors, été élargis. À Bourogne, où est installé un important dépôt de gaz Antargaz, il a donc fallu exproprier et détruire des habitations pour répondre à la nouvelle réglementation.

Un coût de plus de 4 millions d’euros

Et voilà que, l’opération à peine terminée, Antargaz vient de faire savoir qu’il allait finalement fermer son site de Bourogne ! « J’en suis tombé à la renverse, réagit Jean-François Roost, l’ancien édile qui a passé deux mandats à gérer ce très lourd dossier. Tout ça pour ça ! On a exproprié des gens, détruit des maisons pour qu’au final Antargaz décide de partir quand tout est fini ! C’est d’un mépris incroyable ! Moi, en tant qu’ancien maire, je peux dire que j’ai passé des centaines d’heures sur ce dossier, qui a duré plus de dix ans, organisé des dizaines de réunions, usé neuf préfets ! J’ai vu des propriétaires pleurer dans mon bureau au moment des expulsions. »

Le coût des expropriations, démolitions et indemnisations, s’est élevé à plus de 4 millions d’euros, avec une forte participation de l’argent public. La facture étant payée par tiers entre l’État, Antargaz et les collectivités locales. Le site en question, un simple dépôt, n’employait que peu de personnel et ne rapportait quasiment rien en impôts locaux.

« Maintenant, il faut tout chiffrer, y compris les centaines d’heures consacrées par les services, et demander des comptes à Antargaz, et surtout des compensations. Il n’est pas question qu’autant d’argent public ait ainsi été gâché », note Damien Meslot, président de l’agglomération de Belfort, qui a financé cette opération.

« De ma maison, il ne reste que la pelouse »

Parmi les personnes expropriées, c’est un mélange de consternation et de découragement : « De ma maison, il ne reste que la pelouse, constate Mouloud Koudria. On l’avait achetée, on s’est investis dedans, on y a vécu une vingtaine d’années, c’est ici que mes fils ont grandi. Et puis, un jour, on vous dit qu’il faut partir. Et dix ans après, on vous dit que tout ça, toute cette perturbation dans nos vies, cela n’a servi à rien. Plus qu’une question d’environnement ou de protection des gens, c’est le pognon qui a eu le mot final. »

Contacté, Antargaz a bien confirmé que le projet de fermeture de Bourogne était acté, comme celui de deux autres sites en France, « dans le cadre de la réorganisation de l’exploitation des réseaux ». Sans mentionner ceux qui ont perdu leur logement sans raison.