Karaté : touchée par le Covid, la triple championne d’Europe Anne-Laure Florentin met fin à sa carrière

Elle avait pourtant tout prévu avant de raccrocher définitivement du haut niveau. Championnats d’Europe, Jeux olympiques et Mondiaux à la fin de l’année pour terminer sa carrière en beauté, à l’aube de la trentaine. Anne-Laure Florentin a finalement décidé de tout arrêter un peu plus de six mois avant. Pas par manque d’ambition, non, la triple championne d’Europe (2016-2017-2018) en avait à revendre. La membre de l’équipe de France ne pouvait juste pas prévoir que le Covid-19 provoquerait une myocardite, dont elle a encore des séquelles plusieurs mois après.

Heureusement, la Martiniquaise de 29 ans est une battante. « J’ai réfléchi pendant des jours et des jours avant de prendre cette décision très difficile, raconte la licenciée de l’Amicale sportive d’Évry. On en a beaucoup parlé avec mes entraîneurs, le DTN, et mon entourage. Les médecins, eux, ne m’ont pas influencée. J’aurais peut-être pu faire différemment si j’avais été plus jeune et si je m’étais laissé un peu plus de temps. »

Tout débute lors du premier confinement, en mars de l’année dernière. Blessée au genou, Anne-Laure Florentin décide de se faire opérer lorsque sont annoncés les reports de toutes les compétitions. Elle suit le programme de sa rééducation afin d’être prête pour les Championnats du monde, prévus mi-novembre à Dubaï. C’est alors que tout commence à s’emballer.

« J’ai eu les premières douleurs fin octobre, et il s’est avéré que j’avais en fait attrapé le virus, alors que je faisais pourtant très attention. J’avais tous les symptômes, fatigue, migraines, pertes de sensations… Mais aucune forme sévère. J’ai donc repris tranquillement une semaine et demie après, sans savoir que ma santé serait autant mise en danger. »

En soins intensifs pendant une semaine

Dans un premier temps, les palpitations interviennent le soir, au repos, après les efforts de la journée. De plus en plus fortes, de moins en moins supportables. Anne-Laure passe des tests chez son médecin, qui décide de l’envoyer aux urgences. Placée en soins intensifs pendant une semaine, la championne tombe des nues chez le cardiologue : « Il a confirmé la myocardite, un mal qu’il avait déjà vu chez plusieurs rugbymen également touchés par le virus (NDLR : et détecté chez des personnes vaccinées avec Pfizer, ce qui n’est pas son cas). Sur le moment ça a été un peu compliqué. »



La membre du Pôle France de Châtenay-Malabry ne s’affole pas. Cette inflammation du muscle cardiaque – provoquée par une infection virale – se soigne avec des bêtabloquants, dont la fonction est de réguler le rythme cardiaque, ici trop élevé. « Je n’avais pas l’intention d’arrêter mais je voyais bien que ça prendrait du temps, et je ne me voyais pas me relancer dans une préparation sans pouvoir lâcher les chevaux. Physiquement, psychologiquement, ça devenait trop compliqué. On m’avait fait peur. »

Dans un premier temps, Anne-Laure Florentin accuse naturellement le coup. Malgré les nombreux soutiens, il lui faut accepter la situation, voir ses derniers rêves de médailles s’envoler, et surtout mettre de côté sa passion depuis 25 ans. Aujourd’hui, elle est en pleine phase de transition : « Je suis concentrée sur mon projet professionnel, qui sera dans le management sportif. J’ai encore mon école de commerce à valider. Je n’ai pas repris le karaté. Je fais un peu de préparation physique, et je suis toujours proche de mon club. »

Cette douloureuse expérience a fait d’elle une autre personne : « J’essaie de prendre les choses du bon côté. Si c’était arrivé plus tôt, j’aurais peut-être eu une phase de dépression. Ce serait mentir d’affirmer que je n’aurais pas aimé aller aux Jeux pour conquérir une médaille. J’ai tout donné à ma carrière que je considère comme bonne. J’ai vécu des émotions intenses et j’ai eu la chance d’être en équipe de France. Je me sens heureuse dans ma vie. Je ne veux juste plus avoir mes palpitations. Quand elles seront passées, tout ira bien. »

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