En Corse, reproduction réussie de langoustes rouges en laboratoire, une «avancée scientifique majeure»

Couvrant la moitié d’une phalange, le petit crustacé paraît bien fragile. Mais le CNRS et l’Université de Corse, qui ont dévoilé sa photo mardi, ne sont pas peu fiers. Lors d’une conférence de presse diffusée sur Facebook, ils ont annoncé que leur plateforme de recherche Stella Mare, implantée au sud de Bastia, a réussi à maîtriser la reproduction de la langouste rouge, une espèce vulnérable, victime de la surpêche. Un exploit puisque elle serait le troisième laboratoire au monde à être parvenue à obtenir des juvéniles, un stade de développement avancé. Précisément, six petites langoustes, 83 jours après l’éclosion des œufs.

L’Université de Corse avait annoncé ces derniers jours une « avancée scientifique majeure avec des retombées écologiques, économiques et patrimoniales pour la Corse et au-delà ». Avec un art consommé du suspense, les intervenants ont laissé, mardi, au directeur de Stella Mare, Antoine Aiello, le soin d’annoncer la nouvelle qui permettrait d’endiguer le « déclin continu ces trente dernières années » de la langouste rouge : « C’est une espèce de Graal de la recherche scientifique qui s’accompagne, bien entendu, —sinon d’autres avant nous l’auraient fait avant nous de manière importante—, d’une complexité au niveau des techniques d’élevage. »

Assurer le maintien de la pêche dans l’île

En 2001, un projet irlando-japonais était parvenu à obtenir cinq juvéniles après plus de dix ans d’expérimentations, a détaillé mardi l’ingénieur Jean-José Filippi. Hormis quelques expérimentations menées au Royaume-Uni, la prouesse aurait été suivie, selon ses dires, d’un « black out » de vingt ans. Menés depuis seulement trois mois, les travaux de Stella Mare donneraient déjà de « bons rendements ». Comprenez : le taux de survie des larves est très encourageant.

Alors qu’on prélevait 1000 tonnes par an de langoustes rouges dans les années 1950 sur la façade atlantique française, ce chiffre n’était plus que de 25 tonnes en 2010. Du fait de sa rareté, son prix actuel est relativement élevé, entre 50 et 100 euros au kilo. L’enjeu de sa préservation est particulièrement important en Corse, où la pêche à la langouste rouge, pratique ancestrale, représente 4 millions d’euros de chiffre d’affaire. « Quand on sait que ces captures représentent 70 % [des revenus] de la pêche professionnelle [en Corse], cela revient à dire quasiment que si cette espèce disparait, c’est la pêche, en Corse notamment, et tous les petits métiers en Méditerranée qui vivent de cette espèce qui disparaissent. On en est à ce stade-là. », a prévenu Antoine Aiello. Cette nouvelle avancée pourrait notamment assurer le maintien de la pêche artisanale en Corse voire contribuer à son développement.

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