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«Où est la cohérence ?» : la liesse des supporters du Losc fait grincer le milieu du cyclisme

Certaines joies sont contagieuses. D’autres peuvent agacer. La légitime liesse des supporters de Lille, célébrant lundi le 4e titre de champion de France de leur histoire, ressemble aux scènes classiques de bonheur des supporters. Sauf qu’elle s’est déroulée en pleine pandémie de Covid-19, avec un port du masque très très aléatoire et sans aucune distanciation sociale. Tout cela sous le regard bienveillant des forces de l’ordre.

Devant leur télévision, de nombreux cyclistes ont néanmoins failli avaler leurs bidons de travers en contemplant le défilé des joueurs du Losc au milieu de la foule. Non pas qu’ils supportaient le PSG, mais plutôt qu’ils ne comprennent pas comment Michel Lalande, le préfet du Nord et des Hauts-de-France, a pu laisser s’agglutiner des milliers de supporters. Alors que le même homme avait obtenu, le 24 mars dernier, le report de Paris-Roubaix au 3 octobre puis l’annulation des Quatre jours de Dunkerque, prévue du 4 au 9 mai. À chaque fois pour des raisons sanitaires.

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L’hypothèse d’un deux poids, deux mesures est assez privilégiée dans le milieu du cyclisme. « Où est la cohérence ?, s’offusque Jean-René Bernaudeau le patron de Total-Direct Énergie. Je ne suis pas anti foot, loin de là. Mais j’avoue que je ne comprends pas. J’aimerais bien savoir combien de gens seront contaminés parce qu’ils se sont rassemblés autour de leurs joueurs. En cyclisme, on n’a jamais eu de cluster car, le Tour de France 2020 l’a prouvé, on sait gérer les mouvements de personnes. »

Pour Bernaudeau, la mauvaise décision n’était pas d’autoriser les Lillois à chanter, mais d’interdire les cyclistes à s’élancer. « On a été victime d’une décision déconnectée des réalités et prise par une élite. Attention, le peuple a besoin d’être écouté, pas d’être méprisé. »



Cyrille Guimard, l’ex-sélectionneur des Bleus, préfère sourire jaune. « C’est sûr que le préfet n’allait pas empêcher des milliers de personnes de chanter. Alors que des gentils cyclistes, c’est plus facile. Que vous soyez un sport puissant ou misérable et vous ne serez pas traités de la même manière. C’est assez dérangeant de voir cela, car ça signifie vraiment que nous sommes un petit sport aux yeux de certains. »

« C’est tellement ahurissant »

Marc Madiot, le patron de Groupama-FDJ, habituellement assez réactif quand il est agacé, essaie cette fois de prendre du recul. « Je suis désormais assez résigné, avoue-t-il. Je ne crois pas qu’il faille comparer le défilé de Lille aux interdictions de disputer Paris-Roubaix ou Les Quatre jours de Dunkerque, car ces décisions-là ont été prises à un moment où l’épidémie était beaucoup plus forte. Mais j’aimerais juste avoir les mêmes droits que les autres. On a récemment écrit au président de la République pour lui expliquer que notre sport est en danger. Et là, on nous maintient des règles comme l’interdiction de rouler à plus de 50 coureurs pendant que les supporters sont des milliers. Expliquez-moi. »

Pierrick Guesné, le patron de la course « les Boucles de la Mayenne », qui se disputera du 27 au 30 mai, est également interloqué. « En voyant cela hier (lundi), j’avoue que j’étais presque choqué, soupire-t-il. J’ai demandé à nos bénévoles de ne pas retweeter leur indignation mais, quand même, c’est tellement ahurissant. Nous, on nous demande d’empêcher le public de venir aux départs et aux arrivées et on a fait faire 200 tests PCR à nos bénévoles. Et eux, sous prétexte que ce sont des supporters, ils font ce qu’ils veulent. Franchement, ça a choqué tout le monde. »