En 1887, le canal de Tancarville permet d’éviter l’estuaire de la Seine. La batellerie peut ainsi naviguer sans affronter les courants, les effets de la marée et lutter contre la houle. Une première écluse de 200 m de long et 16 m de large est alors mis en service. Une seconde est ouverte en 1974 : « Avec ses 250 m de long et 24 m de large, elle permet de fiabiliser les 4300 passages par an, soit 5000 à 6000 navires, en cas de panne », explique Jérôme Marinier le chef du service Equipements portuaires du Havre dont les 300 personnes réparent, entretiennent et conçoivent les équipements métalliques du port, dont cinq écluses et 20 ponts.
24h/24 et 365 jours par an
Passages stratégiques, avec de nombreux enjeux économiques à la clé, les écluses sont sous étroite surveillance : « Les transporteurs sont à la minute près. Il faut des infrastructures modernes et fiables. Les passages doivent être fluides, réguliers et sécurisés », détaille Jérôme Marinier. Pour ce faire, le sas est rempli par des vannes alimentées par des aqueducs selon le principe de gravité. Mais les éléments stratégiques pour l’étanchéité ou la vidange sont les portes. Sous contrôle de la vigie, elles doivent fonctionner 24h/24 et 365 jours an.
« La maintenance est permanente. Elles pèsent chacune 300 tonnes, sont composées de deux caissons reliés par un joint et sont hautes de 13 mètres. Elles sont manœuvrées par deux chariots sur des roues et tirées par des câbles. Pour les protéger de l’eau de mer et de la vase, elles sont recouvertes d’une protection anticorrosion qui doit être refaite tous les 10/15 ans » poursuit Jérôme Marinier. Il faut alors les sortir et ce n’est pas une mince affaire !
15 millions d’euros d’investissement
Cela faisait exactement 20 ans que les portes de la nouvelle écluse n’avaient pas été extraites. « Dans le cadre d’un plan 2016-2022 de modernisation et de fiabilisation des écluses de Tancarville, nous avons décidé, en plus de la maintenance et des reprises de défauts, de réaliser une mise aux normes et le remplacement des réseaux électriques et hydrauliques. Normalement, il aurait fallut arrêter l’écluse un an par porte. Mais nous avons pris l’option de faire construire par Eiffage, en Alsace, une porte neuve qui est arrivée par voie fluviale par Rotterdam (vidéo). »
À partir de là, tout est simple. En 2019, une porte a été sortie et remplacée par la neuve pour une remise en fonction en décembre 2020. Celle-ci a été rénovée sur une zone de carénage créée en 2018 avec un système de récupération et de traitement des eaux usés et pluviales. Elle prendra la place de la seconde qui, une fois entre les mains des techniciens servira de porte de secours. Le chantier devrait se terminer début 2022. « Au lieu d’avoir deux fois un an d’arrêt, nous avons divisé ce temps par deux. C’est un investissement sur l’avenir », assure le responsable. Un investissement non négligeable : 15 millions d’euros financé par l’État à hauteur de 6 millions d’euros, autant par la Région Normandie et à hauteur de 3 millions d’euros par HAROPA-Port du Havre.
