Meaux : avec l’ouverture de sa boutique, le jardin de Cocagne Saint-Faron poursuit son essor
Comme chaque mercredi après-midi, le chemin de la Justice à Meaux est le témoin d’un incessant ballet de voitures. C’est l’unique moment de la semaine où les 100 adhérents de l’association Arile (Association régionale pour l’insertion, le logement et l’emploi) viennent récupérer leur panier de légumes de saison bio au jardin de Cogagne Saint-Faron. Mais à partir du premier week-end de juin, il sera aussi possible d’acheter les produits de cette exploitation maraîchère en vente directe tous les samedis matins et sans forcément être adhérent.

Depuis plusieurs mois, Franck Burel travaille à la création d’une boutique qui doit être inaugurée ce samedi. La mairie de Meaux a contribué au projet dès sa naissance en 2017 et a récemment signé une convention pour céder l’usage du terrain de 4 hectares pendant vingt ans. « À travers cette boutique, notre objectif est de diversifier notre distribution, souligne le directeur du pôle insertion-emploi de l’association Arile. Nous voulons rendre accessibles les légumes bio et faire redécouvrir tout ce que la grande distribution ne commercialise plus, notamment des produits anciens et rustiques comme la carotte et le cornichon de Meaux ou une trentaine de variétés de tomates. »
Un hangar de 200 mètres carrés d’ici à la fin de l’année
Pour l’instant, cette boutique consiste en une petite cabane en bois où seront exposés les nombreux légumes cultivés au jardin de Cocagne Saint-Faron : navets, poireaux, salades, choux, … En revanche, l’installation n’est qu’éphémère et sera remplacée par un hangar de 200 mètres carrés avec un espace de conditionnement et une chambre froide d’ici à la fin de l’année.
Pour Franck Burel, ce nouveau mode de vente directe est aussi un moyen de proposer de nouveaux postes de travail aux 30 employés en insertion qui travaillent 26 heures par semaine sur place. « Le but est de servir de sas de transition professionnelle à ces personnes qui sont bénéficiaires du RSA, sous le statut de réfugié ou en situation de handicap », explique celui qui met en place des passerelles avec deux autres associations qu’il préside : La Ressourcerie, spécialisée dans le traitement d’objets de seconde main et Tremplin, un dispositif qui propose des services d’aide à la personne.

Mohamed figure parmi les employés du jardin de Cogagne Saint-Faron depuis maintenant trois mois et espère tirer le maximum de cette expérience. « J’aimerais rester ici le plus longtemps possible, deux ans dans l’idéal [NDLR : la durée maximale par CDD de quatre mois renouvelables]. Puis je voudrais suivre des formations pour avoir ma propre exploitation maraîchère un jour », indique ce passionné de nature de 28 ans qui a trouvé ce poste grâce à la mission locale.
Bientôt une offre de fruits
Enseignante en maternelle, Manaut n’est pas insensible au volet solidaire du jardin où elle vient chercher chaque semaine son panier. « Je viens du Gers et je tiens aux légumes bio, explique cette mère de deux enfants. Cela me permet de retrouver le goût des vrais légumes du jardin avec des prix moins élevés qu’au supermarché. Ce qui manque ici, ce sont les fruits ! » Et ces derniers ne devraient pas tarder à envahir les rayons de la nouvelle boutique puisque 150 arbres fruitiers ont été plantés cet hiver parmi lesquels des pommiers, des poiriers ou encore des actinidias… qui donneront des kiwis !
Arnaud est un adhérent de la première heure qui se fournit presque exclusivement au jardin de la Cocagne Saint-Faron. Il espère que l’association pourra ainsi franchir un cap dans son offre de produits : « Ils cherchent encore leur rythme au niveau de la production. Il faudrait que l’offre soit plus régulière car même si les prix sont raisonnables, on ne choisit pas complètement ce qu’on a car ce sont uniquement des légumes de saison. »

Pour assurer son bon fonctionnement, le jardin nécessite un budget annuel de 600 000 euros, lequel est financé par des aides de l’Etat, la Région, le département mais aussi des fondations d’entreprises. Afin de rapidement équilibrer son modèle économique et donc pérenniser l’activité, Franck Burel voit les choses en grand. Toujours dans une logique de démocratisation des légumes et fruits bio, notamment vis-à-vis des publics avec peu de ressources, le responsable envisage de les vendre sous forme de boîtes de conserve à court terme : « Il pourrait s’agir de compotes ou de ratatouilles et cela permettrait d’écouler le stock d’invendus et donc d’éviter le gaspillage. Ce serait aussi l’occasion de continuer de créer des nouveaux postes d’emplois plus diversifiés et liés aux métiers de la restauration et de l’alimentaire. »