Bry-sur-Marne : Kery James, invité de luxe de la classe Alpha de l’INA

« On reprend dans cinq secondes », lâche un technicien. Sur le plateau, les trois animateurs se concentrent. Face à eux, Kery James, le rappeur et réalisateur du film Banlieusards, semble un habitué des lieux. Pourtant, la scène ne se déroule pas sur un plateau de tournage mais dans l’un des halls de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), à Bry-sur-Marne, lundi en fin de journée, transformé pour l’occasion.

Un exercice grandeur nature pour ces étudiants de la première promotion de la classe Alpha en train de tourner une master class, diffusée sur YouTube, et visible uniquement sur invitation. Gestions des caméras, du timing, du choix des images diffusées, chaque élève connaît son rôle et apprend en pratiquant. C’est d’ailleurs l’ADN de cette formation, réservée aux personnes âgées de 17 à 25 ans, souvent en échec scolaire ou hors cadre. « Nous avons travaillé dans le quartier du Bois-l’Abbé à Champigny-sur-Marne voici six ans. Nous nous sommes alors rendu compte qu’il y avait un vrai potentiel avec des jeunes qui manipulent les images, font des petits films… même s’ils ont quitté les bancs de l’école », se souvient Pierre Michel, le directeur de la classe Alpha.

Cent élèves pour la première promotion

Quelques années plus tard, 100 personnes, dont 14 issues du Val-de-Marne, ont intégré ce premier programme expérimental d’insertion professionnelle dans l’audiovisuel, sans condition de diplôme et gratuitement. Répartis en dix groupes, les élèves s’attaquent à tous les secteurs allant de la postproduction, en passant par le son, la réalisation les images, sans oublier le montage… toujours en s’attelant à la tâche. « On travaille un projet, on le réalise puis on analyse le travail effectué, explique Pierre Michel. Une façon de faire adaptée à des élèves souvent en décrochage scolaire même si certains cours de remise à niveau se déroulent de manière classique.

Au départ, les élèves débutent par un tronc commun puis ils peuvent se spécialiser ou bien se remettre à niveau pour ensuite intégrer un BTS, notamment sur le site de l’INA. Ainsi pour cette promotion, 47 élèves ont choisi d’aller en entreprise, les autres poursuivent leurs études. « 20 élèves sans Bac ont choisi de passer un diplôme d’accès aux études universitaires (DAEU) pour pouvoir poursuivre plus loin leurs études. Ils l’ont tous eu, se réjouit Pierre Michel. Cette année intense se termine par minimum six semaines de stage dans une entreprise. »

Ainsi, cette master class fait partie intégrante du travail d’un des groupes. « Nous voulions quelqu’un d’engagé et nous avons choisi Kery James notamment à cause de son parcours », explique Idir, un jeune homme de 23 ans, vivant à Paris, et l’un des trois présentateurs. Nous avions carte blanche. » Idée de départ, gestion du matériel, mise en place du plateau avec l’éclairage, rédaction des questions après une plongée dans l’histoire du chanteur… rien n’est laissé de côté. « Tout est près pour 55 minutes », explique Alan, 20 ans, qui n’en mène pas large à quelques minutes du lancement. Derrière lui, les secondes avant la prise d’antenne s’égrènent sur un écran plan.

«Si cette formation avait existé à mon époque, je serais venu»

À l’instant T, tout roule. Kery James, après une arrivée triomphale, prend place autour d’une table basse et retrace son parcours. « Si cette formation avait existé à mon époque, je serais venu ici, raconte le rappeur, particulièrement sensible à ce dispositif alors qu’il a créé l’association A.C.E.S. (Apprendre comprendre entreprendre et servir) qui propose un appui financier à des étudiants dans le besoin. Cela aurait pu être une issue pour moi car je ne faisais que ce qui me plaisait. »

Cet autodidacte qui dit « avoir tout appris sur le tas » doit sa carrière à son amour des mots, de la langue française et une forte capacité à pousser les portes et accepter les mains tendues. « J’ai une grosse capacité d’écoute et je me remets en question », a-t-il d’ailleurs expliqué à l’auditoire, composé des autres élèves et des professeurs.

Quant à la réussite de ce programme, seul l’avenir pourra le déterminer. « Je ne m’attends pas à ce qu’ils soient 1er assistant directement mais comme les autres, ils commenceront au bas de l’échelle et pourront gravir les échelons. L’expérience joue beaucoup dans ce métier », rappelle Pierre Michel.

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