Eddy Mitchell et Laurent Gerra : c’était comment leur concert en streaming ?

Deux heures durant, les deux lascars ont éclusé les standards du premier, moqué l’actualité, convoqué les disparus et bien rigolé. Réunis pour une soirée spéciale intitulée « A crédit et en stéréo », à voir en live stream les voici sur la scène du théâtre du Gymnase (Paris Xe), accoudés à un bar. Ils boivent du « jeannot le marcheur » pour ne pas citer de marque de whisky – du faux au départ, ils ont finalement opté pour du vrai – et c’est une chanson de Sardou qui résume bien la soirée.

Un titre introduit par un document sonore du jeune Gerra, 5 ans, chantant « Sur des airs populaires ». Et les deux de reprendre en chœur : « On est là pour boire un coup – On est là pour faire les fous (…)Et j’dirais même un bon coup – Et rigoler entre nous – Sur des airs populaires ». C’était bien ça l’idée. Bien accompagnés d’un orchestre de neuf musiciens qui font swinguer les planches du Gymnase, ils enchaînent.

Une soirée cocktail, des moments forts et élégants

Une chanson, un sketch, un titre, un brin de causette… Les ingrédients d’une soirée cocktail, plus ou moins dosés, plus ou moins dilués. Résultats, des moments forts et élégants, « Le bar du Lutetia » par Eddy seul au comptoir. « Le pianiste joue en sol « Vieille canaille » mais tout seul – Tu ne perds pas au change – Tu bois avec les anges ». Ce « Vieille canaille ! », il le souffle avec émotion. Autant pour Gainsbourg que pour Johnny, on imagine. Les deux seront du rendez-vous, par la magie du talent d’imitateur de Laurent Gerra. Le premier pour cette « Vieille canaille » sonnante et trébuchante qu’Eddy avait chanté avec l’homme à la tête de choux. Le second sur un « Pas de boogie-woogie » tout feu tout flamme. Il invite encore Julien Clerc sur « Couleur menthe à l’eau » pastel. Là, les deux font la paire.

Mais c’est seul que le rockeur crooner s’offre « La dernière séance ». Smoking et tee-shirt noirs, il a la classe Eddy. Belle gueule de canaille. À ses côtés son guitariste Basile Leroux fait sonner son instrument comme à Nashville. On sent leurs racines bien profondes qui traversent l’Atlantique à ces vieilles branches.

Gerra, lui, est un chansonnier, et comme tel, convoque ses personnages préférés. Jean-Pierre Foucault et Enrico Macias, Céline Dion encore qui « repense tellement à la chanson le cimetière des éléphants ». «Ca me fait penser à mon pauvre René qui passait son temps à me montrer sa trompe ».

Chicandier verse parfois dans l'humour gras, Gerra et Mitchell l'ont gentiment malmené.
Chicandier verse parfois dans l’humour gras, Gerra et Mitchell l’ont gentiment malmené.  ©AndreD

Casque sur la tête et cravate de travers, Gerra arrive en Hollande. Le cimetière des éléphants du parti socialiste ça le connaît. Castex viendra aussi, un bonnet sur le crâne, annoncer que « Les stations de ski vont pouvoir rouvrir début juillet et les plages mi-novembre ». Il a ses moments à lui, avec le débit précis d’un Luchini, il s’adonne à la fable façon La Fontaine d’aujourd’hui avec le bien pensé « Bobo et le ringard ». « Maître Bobo dans son loft perché – Tenait en son bec un portable – Maître Ringard, qui n’était pas branché – Lui tint à peu près ce vocable… ».

Au bar, Chicandier fait office de monsieur loyal. Un brin braillard, il ne sert pas toujours son meilleur humour de comptoir. « On va le garder, il sert à boire », s’amuse Gerra. Tour à tour, ils le malmènent gentiment, l’appelant « Chiffonnier », « Chicorée », « Thénardier » ou encore « Chicaneur ». « Gros Morbier » encore. Il n’est pas dentellier, Chicandier, qui avec Gerra verse parfois dans l’humour gras, de carabin. Brièvement, on peut avoir cette impression d’une fin de soirée, celle du mariage de la carpe et du lapin. En témoigne parfois la mine estomaquée d’Eddy à l’écoute de certaines blagues du gaillard.

Heureusement Gerra sait ouvrir le répertoire de la chanson française pour appeler Bécaud, Trenet, Delpech, Salvador ou encore Joe Dassin que les deux compères se partagent avec gourmandise pour des jolis moments de complicité. Mais décidément, Eddy, on le préfère sans rien, on the rock à la rigueur. Crooner conteur, peintre d’une époque, il nous fait d’une chanson un film. Et nous replonge chaque fois dans un ailleurs réconfortant.

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