Au sommet de la rue de l’église de Vaucelles, à Caen, la réouverture des terrasses a redonné vie à une petite intersection. D’un côté, le bar El Camino – Chez Momo et Pek. De l’autre, l’édifice religieux, aux marches prisées des habitués du café. « 200 à 300 personnes sont allées s’asseoir dessus pour la reprise », témoigne Morgan, un des associés de l’établissement, avec son acolyte Pierre-Emmanuel.
Après « quatre jours de fous », les gérants ont pris du recul et une décision forte : fermer, à nouveau, leurs portes. Ce n’est donc pas faute d’avoir du monde. Mais l’affluence et les habitudes de la clientèle cadrent mal avec les conditions de réouverture. Avec ses six à huit tables disposées sur une terrasse impossible à agrandir puisque donnant vite sur une rue, le bar a vite été débordé.
« Nous avons 90 % d’habitués, explique Morgan. Ici, tout le monde se connaît et va de table en table. Tout le monde est debout. » Or, la règle stipule qu’il faut consommer assis, à six maximum. À cela s’ajoute un arrêté préfectoral qui interdit la consommation d’alcool sur la voie publique. Les clients dégustant paisiblement leur boisson sur les marches de l’église s’exposent par conséquent à une amende de 135 euros, et El Camino à des sanctions pouvant aller jusqu’à la fermeture administrative.
« Nous n’avons pas envie d’être hors la loi »
« Nous anticipons la visite de patrouilles de police, indique Momo. Nous n’avons ni envie de faire les gendarmes, ni d’être hors la Loi. On ne peut pas travailler sereinement. » L’observation de ces quatre jours de reprise a conduit les associés à baisser le rideau, « sans avoir de date de réouverture ». Le 9 juin ? « Nous récupérerions des places en intérieur mais il fera sans doute beau. Les gens iront dehors et le problème sera le même ».
Pour fonctionner plus tranquillement, El Camino aurait besoin d’un assouplissement de la réglementation, notamment sur les « comportements » en terrasse. « Au moins que les gens puissent consommer debout, et que nous n’ayons pas à refuser du monde. »
Pas encore de date de réouverture
Dans l’immédiat, pas question de prendre le risque de s’exposer à une sanction administrative qui, en cas de reconfinement, pourrait avoir des conséquences sur les aides. Quid d’ailleurs des perfusions financières de l’État par rapport à une telle décision de refermeture ? « C’est flou. Les aides allaient jusqu’au 19 mai. Ensuite nous avons déclaré notre chiffre les jours d’ouverture. Après, on ne sait pas trop ».
Les gérants ont la trésorerie pour encaisser « pendant quelques jours ou quelques semaines » ce choix lourd moralement. Les nombreux messages de soutien leur donneront du baume au cœur, en attendant qu’une évolution des mesures permette des retrouvailles plus durables avec les habitués. Ils étaient fidèles au rendez-vous le 19 mai et sont impatients de trinquer à la santé de leur Camino, sur les marches de l’église, ou pas.
