Il n’existe aucune photo de lui. Et sur Internet, une confusion est faite avec un homonyme qui est juriste. Pourtant, il fut un grand intellectuel et il s’est engagé dans la Commune de Paris dont on célèbre les 150 ans cette année. Georges Renard est né en 1847 à Amillis. Son village natal, aujourd’hui peuplé de 800 âmes, lui rendra hommage dans une cérémonie ce samedi matin dans la rue qui porte son nom. Raymond Bocher, professeur agrégé d’histoire à la retraite, fera partie des orateurs ce samedi et retracera le destin de cet homme exceptionnel.
Rien, ou en tout cas pas grand-chose ne prédestinait Georges Renard au destin qui allait être le sien. Ses origines sont modestes. Son père est quincaillier à Amillis. Toutefois, sa mère est, semble-t-il, issue d’une famille bourgeoise. Il fait sa scolarité à Coulommiers puis au collège de Meaux, qui abrite aujourd’hui l’internat du lycée Henri-Moissan. Une plaque y rappelle que Georges Renard y fut élève de 1859 à 1864. Il y a précédé Henri Moissan, pharmacien et chimiste, prix Nobel de chimie en 1906, qui y étudia de 1865 à 1870, et Georges Moinaux dit Courteline, romancier et dramaturge, élève du même établissement de 1870 à 1877.
A Meaux, une rue longeant le canal de Chalifert, dans le quartier du Clos Godet, porte le nom de Georges Renard.
Le jeune homme remporte le concours général en latin en 1864, l’année où l’épreuve est ouverte à tous les établissements franciliens et pas seulement aux seuls versaillais et parisiens. Cette première place lui permet d’être boursier et d’arriver au lycée parisien Napoléon (désormais lycée Henri-IV). Il remporte le concours général d’histoire en 1866. Il passe le concours de l’École normale supérieure en 1867. Il est reçu premier.
« Provincial aux yeux des Parisiens »
« Cette réussite est étonnante », admire Raymond Bocher. « Il vient d’origines modestes et finit major de sa promotion. Pendant ses années au lycée Napoléon, il explique avoir passé trois années douloureuses. Il était considéré comme un provincial aux yeux des Parisiens. Il échappera aux quolibets grâce à l’excellence de ses résultats. »
C’est là que les choses sérieuses commencent. Nous sommes en 1871. Georges Renard a 24 ans. Il aurait dû passer l’agrégation d’histoire. Mais, à Paris, la Commune commence. Du 18 mars au 28 mai 1871, cette insurrection refuse de reconnaître le gouvernement qui vient de signer l’armistice avec la Prusse. Le normalien Georges Renard décide de s’engager en faveur de la Commune. « Il reçoit le grade de sous-lieutenant », raconte Raymond Bocher. De santé fragile, il est mis au service d’un des membres du gouvernement de la Commune.
L’historien Gilles Candar, spécialiste des gauches françaises et président des études jaurésiennes, nuance. « De santé fragile, certes, il souffre de rhumatismes, mais cela ne l’a pas empêché de combattre au début de la guerre. En fait, je crois surtout qu’un brillant sujet comme lui avait des qualités d’organisateur qui devaient satisfaire le délégué à la guerre [NDLR : de la Commune] très professionnel qu’était Louis Rossel. »
A l’issue de la Semaine sanglante, La Commune est écrasée sur le champ de bataille par les Versaillais conservateurs soutenus par le gouvernement réfugié à Bordeaux. Georges Renard fuit en Suisse pour ne pas être exécuté. Il donnera des cours à l’université de Lausanne. Condamné par contumace au bagne, il est amnistié en 1879, reçoit le premier prix de l’Académie des Sciences morales et politiques. De 1900 à 1907, il tient la chaire de l’histoire du travail au Conservatoire des arts et métiers à Paris. À partir de 1907, il enseigne la même matière au Collège de France. Il s’éteindra à Paris, en 1930. Il laisse près de quatre-vingts livres, textes et œuvres recensés sur le site Internet de la Bibliothèque nationale de France. « C’était un bourreau de travail », confirme Raymond Bocher.
« Intellectuel socialiste important »
Pour Raymond Bocher, la cérémonie de ce samedi est l’occasion « de faire revivre la Commune mais aussi un personnage méconnu, humaniste et proche des gens ». Pour l’historien Gilles Candar, Georges Renard est bien plus qu’un personnage de la Commune. « Il a été un intellectuel socialiste important : collaborateur puis directeur notamment de la Revue socialiste (1894-1898), auteur de nombreux ouvrages, journaliste à La Petite République (critique littéraire) et ailleurs (La Lanterne de Viviani par exemple). Il était en outre très lié à Jaurès et à Alexandre Millerand. »
Pour un autre historien, Emmanuel Josse, historien et professeur à Sciences-po Paris, l’oubli de Georges Renard s’explique par sa personnalité atypique. « Georges Renard semble d’autant plus inclassable qu’il nage toujours à contre-courant […]. Il n’hésite pas à dire ce qu’il pense, parfois au risque de heurter un peu ses camarades ! Avec le recul, la trajectoire de Georges Renard permet de comprendre toute la complexité des engagements socialistes et militants du tournant du siècle, mais elle se prête difficilement à une mémoire militante, qui préfère des parcours apparemment plus linéaires. »
Hommage à Georges Renard, ce samedi 29 mai à partir de 10 heures, rue Georges-Renard à Amillis. « Le Temps des cerises », devenu l’hymne des Communards, sera chanté. Deux discours, dont l’un retraçant sa vie, sera prononcé par Raymond Bocher. Une gerbe de fleurs sera déposée.
