À La Rochelle, Doisneau sublime la mer
Ses photographies urbaines, citadines, sont connues de tous. L’œuvre de Robert Doisneau, forte de 450 000 négatifs, aborde pourtant bien plus que la vie de la cité, Paris et sa banlieue. Au gré de ses reportages, de ses commandes publicitaires et de ses vacances en famille, l’immense photographe français a notamment immortalisé le littoral et tous ses visages dans la France de l’après-guerre.
Cet aspect méconnu de ses travaux fait actuellement l’objet d’une exposition présentée au Musée maritime de La Rochelle et baptisée « Allons voir la mer avec Doisneau ». Cent tirages y sont présentés jusqu’au 1er novembre et retracent 35 années de flâneries, d’audace et de recherches photographiques en bord de mer. « Nous avions le souhait de monter cette autre facette de son travail. Ce n’est pas un thème qu’il a spécialement travaillé mais il représente un important volume malgré tout », explique Francine Deroudille, la fille du célèbre photographe humaniste qui gère avec Annette Doisneau – sa sœur – l’Atelier Robert Doisneau situé à Montrouge (Hauts-de-Seine).
« Il réussissait toujours à se faire embarquer sur un bateau de pêche »
Les deux filles de Robert Doisneau ont elles-mêmes souvent servi de modèles lors des sorties familiales : « Il disait vouloir faire des archives. Pour nous, cela signifiait poser des heures et des heures, en sourit Francine Deroudille. Nous étions les modèles d’un jour pour remplir les boîtes de l’agence Rapho. »

L’exposition retrace cette quête artistique via toutes les côtes françaises, de Boulogne à Menton, du Havre à Saint-Tropez en passant par Le Guilvinec. La Charente-Maritime n’est pas en reste avec des clichés pris sur l’île de Ré, à La Rochelle ou à Royan. « Il réussissait toujours à se faire embarquer sur un bateau de pêche lorsque nous étions en vacances. Je ne l’ai jamais vu en maillot de bain ou sur une serviette, il fallait toujours qu’il photographie », se remémore sa fille.
Les clichés présentés portent tous cette signature si particulière : « Mon père était soucieux de laisser entrer le hasard, il avait une approche artisanale, celle du bon savoir-faire. Il essayait surtout de rendre leur dignité aux gens. Né en 1912, il s’est construit comme toute sa génération dans la tragédie et le malheur. Il a toujours souhaité s’arracher à cela, au deuil et à la tristesse », résume Francine Deroudille.