Hauts-de-Seine: le croissant géant des apprentis menacés d’expulsion n’amadoue pas le préfet

Derrière le croissant géant, un message. Ce mercredi matin, un rassemblement d’une vingtaine de personnes s’est tenu devant la Préfecture des Hauts-de-Seine. A l’origine du mouvement, les représentants du Réseau Education Sans Frontières 92 (RESF) sont venus soutenir neuf jeunes apprentis boulangers âgés d’à peine dix-huit ans en situation irrégulière depuis leur majorité. Nés au Mali, en Côte d’Ivoire, en Guinée ou au Sénégal, ils ne sont pas français, et tous sont visés par une OQTF (Obligation de quitter le territoire français). Les jeunes se sont rendus devant la préfecture, amenant des produits réalisés par leurs soins qu’ils souhaitaient offrir au préfet des Hauts-de-Seine Laurent Hottiaux. Des viennoiseries traditionnelles en tout genre, mais surtout un croissant très particulier, taille XXL, qu’on n’a pas l’habitude de voir en vitrine.

« Ils travaillent bien, sont motivés, et toujours à l’heure »

Objectif : prouver les compétences des jeunes artisans, leur savoir-faire et leur motivation au haut fonctionnaire, et au passage le convaincre de reporter ou d’annuler les OQTF. Las, Laurent Hottiaux a refusé de les recevoir. « Ça n’enlève rien au fait que tout s’est très bien passé », précise Armelle Gardien, membre du RESF 92. « Il n’y a pas eu de provocation, d’un côté comme de l’autre, on a pu distribuer des tracts et les viennoiseries au personnel de la préfecture ».

Le jeune apprenti boulanger Samassa (à droite) tient le croissant géant. Il est accompagné par son patron (à gauche).
Le jeune apprenti boulanger Samassa (à droite) tient le croissant géant. Il est accompagné par son patron (à gauche). Le Parisien

Ces neuf apprentis boulangers sont menacés d’expulsion depuis plusieurs mois. Ils ne sont pas les seuls. Une dizaine d’autres, travaillant en boucherie et dans le bâtiment dans les Hauts-de-Seine, font l’objet d’une OQTF. D’après RESF, tous sont professionnellement intégrés dans le cadre de leurs études et leurs patrons sont unanimes quant à leur sérieux et leur motivation. « Les employeurs rappellent souvent qu’ils n’ont rien à reprocher à ces jeunes », rapporte Hervé Lecomte, volontaire au Réseau Education Sans Frontières (RESF) des Hauts-de-Seine. « Ils travaillent bien, sont motivés, et toujours à l’heure. Un des patrons a même affirmé qu’il n’avait jamais vu un apprenti aussi sérieux et professionnel ». Samassa, apprenti en boulangerie, est même qualifié par son chef d’ « or en barre », tellement « il est important ». Le patron de Moctar, jeune apprenti boulanger de Malakoff, a même lancé une pétition pour empêcher son expulsion. Elle a recueilli près de 2000 signatures, en vain.

« Pour ces jeunes, c’est un coup de massue »

Mais Resf a d’autres armes que les croissants géants ou les pétitions. Plusieurs recours ont également été déposés. « La préfecture ne flanche pas malgré les courriers des professeurs et des employeurs des jeunes, alors qu’il y a un an, ce genre de régularisation était accordée sans problème », poursuit Hervé Lecomte.

« Aujourd’hui, on justifie l’expulsion de ces jeunes avec des arguments mesquins, on reproche par exemple à un des jeunes d’avoir manqué quinze heures de cours en une année scolaire, alors que c’est vraiment très peu. Pour ces jeunes c’est un coup de massue (…) sur la tête, ils sont tout le temps au bord des larmes, ils ont peur d’être arrêtés dans la rue. Nous, on va continuer. On ne les lâchera pas ».

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