Forcené de Dordogne : pas d’audition «dans l’immédiat» pour le tireur, toujours hospitalisé
Les investigations se poursuivent pour retracer la dérive violente de l’ancien militaire de 29 ans Terry Dupin. Blessé par un tir de riposte des gendarmes à l’issue de sa traque en Dordogne, il ne peut toujours pas être entendu compte tenu de son état de santé, a indiqué ce mardi le parquet de Périgueux.
« La procédure judiciaire » qui supposerait son placement en garde à vue et une éventuelle mise en examen, « reste à cette heure suspendue à l’évolution de son état de santé, encore incertain », a déclaré la procureure de la République de Périgueux, Solène Belaouar. Le suspect, grièvement blessé à la gorge lundi par un tir du GIGN qui n’a pas touché la carotide, « n’est pas audible dans l’immédiat », a ajouté la magistrate, confirmant une source proche de l’enquête. L’homme, évacué lundi au CHU de Bordeaux, a été « replongé dans le coma lundi soir ».
Dans l’attente d’une évolution de son état de santé, « les investigations techniques et scientifiques, tentaculaires », selon la procureure, « se poursuivent sur le terrain » parcouru par le suspect, lourdement armé, qui a ouvert le feu à plusieurs reprises vers les gendarmes, sans faire de blessés, lors d’une traque de 36 heures dans les villages du Lardin-Saint-Lazare et de Condat-sur-Vézère.
Logique de «suicide by cops»
Son périple violent commence dans la nuit de samedi à dimanche au domicile de son ex-femme, mère de ses trois enfants, dans le village mitoyen du Lardin-Saint-Lazare, où il se rend en dépit du bracelet électronique l’interdisant de s’approcher d’elle. Sur place, il s’en prend à elle avant de tirer sur son compagnon et de s’évanouir dans la nuit. Dans ce lotissement sur les hauteurs du village, des habitants sont réveillés dans un fracas de « vaisselle cassée, de cris et de coups de feu ».
Décrit comme « aguerri » et suivant une « logique » de « suicide by cops » (NDLR : par policiers), selon les autorités, l’homme a refusé de se rendre malgré les tentatives de négociation du GIGN. « Les 36 heures de traque ont montré qu’il avait encore de bons restes de ses années militaires », a souligné une source proche de l’enquête. « Pourquoi était-il à bout ? C’est ce que cherchent à savoir les enquêteurs », a-t-elle résumé.
Né à Rosny-sous-Bois mais arrivé en Dordogne à l’âge de 7 ans, titulaire d’un CAP de conducteur d’engins, il a effectué plusieurs missions à l’étranger avant de quitter l’armée pour se rapprocher de sa famille, selon le journal Sud-Ouest. Même après son départ de l’armée, il a conservé un goût pour les armes à en croire des pages et photos visibles sur ses réseaux sociaux. Il avait pourtant interdiction d’en posséder.
«Il a dû péter les plombs»
Avec sa femme rencontrée en 2013, la vie de couple est tumultueuse, ponctuées de violences qui lui valent quatre condamnations à des peines de six mois de prison avec sursis à 1 an ferme, prononcées entre mars 2015 et février 2020. Au village, « ce n’est pas la première fois qu’on a affaire à lui », confie Benoît, un habitant du Lardin-Saint-Lazare. « En (août) 2017, on avait déjà eu les gendarmes, les hélicoptères (…) Il était passé chez son ex-compagne » et « avait foutu la merde ».
A l’époque, le jeune homme, entré par le toit, s’était caché dans un placard et l’avait frappée avant de s’en prendre à son beau-frère. Lors d’une audience relayée par la presse locale, le président du tribunal avait évoqué son « enfance difficile ». « Tout en lui démontre une souffrance », avait souligné le ministère public. L’expertise psychiatrique a vu en lui une structure « de type obsessionnel » et « un risque de récidive ». « Je n’arrive plus à me contrôler », avait-il admis à la barre.
VIDÉO. Le fugitif a été blessé lors de son arrestation
« Elle le manipule depuis des années », affirme aujourd’hui une personne se présentant comme une proche « depuis vingt ans » et contactée sur les réseaux sociaux. Face aux images en boucle présentant l’homme comme « dangereux », Yannick un agriculteur, ami « depuis au moins dix ans », assure : « Ce n’est pas le Terry qu’on connaît ». « Il a dû péter les plombs parce qu’il était à bout », affirme-t-il à Sud Ouest.
Dans l’entreprise de travaux publics de Dordogne où l’homme était en CDI depuis fin août, comme chauffeur poids lourd, sa patronne a décrit un « employé modèle (…) très calme, posé, poli, très respectueux ». Un habitant du lotissement de l’ex-compagne évoque un « type formidable qui valait de l’or, toujours serviable ».