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«Le confinement les a épuisés» : le foyer de Rouen à la rescousse des marins en escale

La vie des marins de la marine marchande est rude. Malgré l’aide des associations qui, dans tous les pays du monde, sont là pour les accueillir lors de leurs escales, ils descendent de moins en moins l’échelle de coupée : « C’est d’autant plus vrai pendant cette période de Covid. Des marins sont restés à bord pendant 16 mois d’affilée, explique Éric Salaün le président du Foyer des marins de Rouen, une association d’accueil sous l’égide de la Mission to Seafarers, le Seamen’s Club de Rouen et géré par l’ARAM (Association rouennaise des amis des marins). « Du coup, poursuit Éric Salaün, ils n’ont aucun jour de repos et n’ont donc pas vraiment de loisirs. Ils sont épuisés. On rencontre une détresse importante à bord en plus des confinements qui ont multiplié par deux le taux de suicide parmi les marins, alors qu’il est déjà deux fois plus important que dans d’autres métiers. »



Les marins souffrent mais que faire ? Haropa – Port de Rouen est le plus important de France et le deuxième d’Europe en matière de transport des céréales. Des milliers de navires y transitent chaque année. Pour prendre le problème à bras-le-corps, les bénévoles du foyer ont décidé que « s’ils ne viennent plus à nous, nous irons à eux. Il faut recréer des liens, aller à leur rencontre. En plus, ils ont toujours plaisir à recevoir pour partager un verre ou manger avec eux », indique Éric Salaün.



Ainsi, ce dimanche 30 mai, pour la première fois en France, le Foyer des marins de Rouen a rendu visite aux marins des six navires en escale. Les bénévoles sont venus offrir à des Philippins, des Chinois, des Birmans, des Néerlandais ou encore des Irlandais des viennoiseries, des confitures et des baguettes de pain ainsi que 120 cartes téléphoniques financées par l’ITF, le syndicat international des travailleurs du transport.

Les marins ont apprécié les cartes téléphoniques offertes par l’ITF, le syndicat international des travailleurs du transport. #Presse30 Frédéric Durand

Mais, ils n’étaient pas seuls ! L’idée était aussi de faire monter à bord une ambiance festive. C’est ainsi que l’artiste rouennais Jefferson a apporté sa guitare pour interpréter lors de mini-concerts des reprises internationales de pop, blues, rock, soul et reggae. « Une musique qui traverse les frontières, très familière des marins. C’est une grande première pour moi. J’aime ces lieux où on est si proche des gens » a déclaré le musicien. Sur le titre, No Women No Cry de Bob Marley, les Birmans ont même levé trois doigts, symbole de ralliement à leurs compatriotes persécutés par le nouveau régime. Pour finir cette magnifique journée, et pas qu’en raison de la météo, le Foyer des marins a invité les marins et les bénévoles à venir participer à un bœuf dans leurs locaux.

Le dessin pour lutter contre les angoisses

L’association ARAM veut aller plus loin pour travailler sur l’état psychologique des marins. À l’occasion de ces petits-déjeuners à la française, en plus d’être accompagné par des artistes, les bénévoles et des services civiques vont proposer à partir du 20 juin des « ateliers créatif bien-être ». Élodie, une art thérapeute, va utiliser pour ce faire des supports artistiques et notamment le dessin. « Lors d’une séance d’une heure, les marins pourront déposer sur papier ce qu’ils ont sur le cœur, leur tension et/ou émotions cumulées durant ces longues semaines de mer » détaille Éric Salaün. Avant cela, les équipes ont été formées. « On a filmé cette séance. La vidéo est transmise aux pilotes et aux agents maritimes à destination des capitaines qui pourront déclencher cet outil. Ces séances se feront à bord ou au foyer. Toujours gratuitement. »