Probablement dénoncé par un concurrent, un chauffeur poids lourd polonais, âgé de 38 ans, a été condamné, mardi, par le tribunal correctionnel de Paris, à une peine de quatre ans de prison ferme. Il comparaissait pour avoir, en août 2019, convoyé entre l’Espagne et Guillerval (Essonne) plus d’une tonne de cannabis.
C’est le 25 août vers 11 h 20 que les premiers appels retentissent dans les bureaux de la gendarmerie française. Au total, un certain Pedro leur téléphone cinquante-trois fois d’Espagne. Il s’exprime en Anglais expliquant qu’il va « leur faire un cadeau ». Avant de leur annoncer qu’un homme vient de quitter la ville de Malaga avec une grande quantité de drogue. Et pour faciliter les choses, il rappelle régulièrement pour donner la géolocalisation de ce fourgon, Renault Master bâché, en temps réel ! La drogue passe la frontière à Urrugne (Pyrénées-Atlantiques) et remonte par Limoges (Haute-Vienne) pour éviter soigneusement les autoroutes à péages. À 15 h 30, sur la nationale 10 près d’Étampes, le fourgon est stoppé par les militaires dont les narines sont chatouillées par une forte odeur de cannabis.
«Je ne veux pas vous voir» déclare-t-il à ses juges
Et c’est vraiment Noël pour la gendarmerie. Rangées sur cinq palettes dans des caisses en bois, les forces de l’ordre découvrent plus d’une tonne de résine et 70 kg d’herbe. Une balise GPS a été déposée dans une des caisses et une seconde se trouve dans le véhicule. Les enquêteurs mettent la main sur trois téléphones portables. Des prélèvements d’empreintes génétiques permettent de découvrir les profils d’inconnus mais aucune trace appartenant au conducteur. Celui-ci devait livrer dans une entreprise qui n’existe pas aux Pays-Bas. Il explique qu’il travaille depuis plus d’un an pour une société de transport polonaise.
Après avoir livré en Espagne, il aurait reçu un ordre d’un certain Arthur qui lui avait demandé de prendre en charge une cargaison à Malaga. Il devait en arrivant à Rotterdam percevoir une somme de 1 700 euros en cash. Au cours de l’instruction des investigations européennes sont menées en Espagne, en Hollande et en Pologne. Aux Pays-Bas, le patron du garage qui devait réceptionner la marchandise a déjà été condamné pour des dossiers de trafic. En Espagne les recherches sur le fameux Pedro tournent court. Et en Pologne, Arthur et le gérant de l’entreprise sont entendus par la police locale et évoque une mission de sous-traitance relative à un transport légal dont on ne connaît toujours pas la nature réelle ou supposée car les auditions d’Arthur ont été perdues entre la Pologne et la France…
Pendant près de deux ans, Marcin répète aux magistrats français qu’il ne savait pas ce que contenaient ces caisses. Il ajoute même qu’il n’a pas le droit de les ouvrir car son patron pourrait le soupçonner de vol. Le routier assure qu’il a reçu des ordres de son patron. En plus, il ajoute qu’il a perdu l’odorat et n’avait pas été alerté par l’odeur de la drogue. Ce trentenaire est père de deux enfants, il vit en Pologne en concubinage et a déjà été condamné à six reprises par la justice de son pays.
Dans le box des prévenus, Marcin s’est emporté contre ses juges et a refusé d’assister à son procès. « Je n’ai rien compris et je ne comprends toujours pas, lâche-t-il. Je ne veux pas vous voir. Je préfère retourner au calme dans ma cellule ». Son avocat Me Pierre-François Feltesse, précise qu’il a totalement décompensé et s’est muré en lui-même depuis quelques mois. « C’est un homme qui nous quitte au fur et à mesure », ajoute-t-il.
«Personne n’accepterait de convoyer de la drogue pour 1700 euros»
Le procureur a demandé une peine de cinq ans d’emprisonnement estimant que Marcin avait connaissance de ce qu’il transportait. Il évoque un homme fluctuant et menteur. Le magistrat rappelle qu’on ne va pas à Malaga, ville connue pour être un point de passage du trafic avec le Maroc sans se méfier et qu’on ne reçoit pas une enveloppe en liquide après la livraison. Enfin il rappelle que chauffeur a bien senti l’odeur de la drogue puisqu’il l’a confié aux gendarmes lors de sa première audition. Me Feltesse a plaidé la relaxe estimant que son client « n’a jamais été au courant de ce qu’il transportait ». « D’ailleurs vous avez déjà vu un transporteur de drogue qui serait payé 1700 euros ? Personne n’accepterait de prendre un tel risque pour si peu d’argent ! C’est clairement un renseignement donné par quelqu’un qui veut éliminer un concurrent, argumente-t-il. Et c’est cet homme qui paie les pots cassés ».
