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Colis suspects: leur flair a évité 146 heures de coupure de métro en 2020

Ils avaient baissé en raison de la crise sanitaire passant de 2 021 en 2019 à 1 624 en 2020. Mais depuis janvier, le nombre des colis délaissés est de nouveau en augmentation sur le réseau RATP. Une hausse qui s’explique par le retour progressif des voyageurs. Peut-être aussi par le port du masque qui réduit le champ de vision. « Nous revenons à 4,8 bagages en moyenne par jour, détaille Stéphane Gouaud, directeur sûreté de la RATP. C’est moins qu’avant la crise sanitaire, mais cela reste un niveau extrêmement élevé ».

À l’origine, pour traiter les bagages abandonnés, la RATP devait appeler les équipes de déminage de la préfecture de Paris. Avec une attente parfois de 45 minutes pour intervenir. En attendant les lignes étaient interrompues. « Cela mettait le réseau en tension, créait des mouvements de foule sur les quais, ajoute le directeur sûreté de la RATP. Il fallait trouver des solutions alternatives ». La régie a alors dupliqué ce qui se faisait dans les aéroports, c’est-à-dire le recours à des équipes cynophiles. Les délais d’intervention ont été drastiquement réduits. Et l’expérimentation, concluante, a été généralisée en décembre dernier. Désormais, 20 équipes sont déployées sur le réseau RATP. Et en 2020, plus de 140 heures d’interruption de trafic ont ainsi été évitées.

Des exercices réguliers dans les salles cachées des stations

Pour y parvenir, les équipes sont postées à différents points du réseau. Comme Manon, maître-chien, et Jig, son labrador de 3 ans, ce jour-là, à Châtelet. La « conductrice » a prévu un entraînement pour son chien, indispensable pour travailler la mémoire olfactive de Jig. Avec Mehedi, son responsable de l’entreprise prestataire Diagnose Detection, l’équipage se rend dans une salle dérobée. Derrière une porte apparaît un grand espace de ventilation avec un labyrinthe de conduits insoupçonnable. À l’entrée, une armoire abrite une dizaine de valises et sacs de tout type, signe des exercices réguliers qui s’y déroulent. « Pour faire travailler les chiens, on pollue une valise avec quelques molécules d’explosifs. Et on la dispose au milieu d’autres bagages pour voir s’il la reconnaît », détaille Mehedi. Mais Jig ne tient plus en place : « Il sait qu’il va pouvoir jouer avec la balle s’il trouve le bon sac » sourit Manon. L’équipage, qui s’est rencontré il y a un an, vient tout juste de terminer sa formation : « Ça prend du temps. Les gens pensent qu’il faut juste amener le chien devant le colis délaissé pour que ça marche, ajoute Mehedi, mais c’est beaucoup plus technique ».

Manon entraîne Jig, labrador de trois ans, à reconnaître l’explosif dans les sacs abandonnés du réseau de transport en commun de la RATP. Jila Varoquier

Place à l’exercice. Pour le chien, c’est un jeu. En quelques secondes, Jig renifle la valise et se couche. C’est la consigne qu’il a reçue en formation lorsqu’il sent de l’explosif. Et heureusement pour Manon, cela ne s’est jamais produit en conditions réelles. Mehedi, lui en revanche, en a déjà fait l’expérience, il y a quelques mois, avec sa chienne Lila, qui a reconnu quelque chose : « J’ai eu une forte émotion, les yeux qui ont commencé à être humides, avoue-t-il. Ce n’est pas de la peur. Quand on arrive, on sait qu’il y a peu de risques ». En effet, avant d’envoyer les équipes cynophiles, les agents de la RATP, installés dans le centre de contrôle, remontent le fil des vidéos pour retrouver les circonstances dans lesquelles le sac a été abandonné. « Mais on ne s’y attend pas ». Les démineurs de la préfecture de police de Paris doivent intervenir. Un périmètre de sécurité est réalisé et il faut attendre. Cette fois-là, pour Mehedi, les spécialistes ont ouvert le sac et constaté qu’il n’y avait rien. Des prélèvements ont été envoyés pour analyses : « Il y avait de la glycérine, mais on peut aussi en trouver dans les parfums, les pommades », explique le maître-chien. Et si le doute persiste, une charge explosive peut être posée sur le sac et déclenchée à distance pour éviter tout risque.

L’intervention des autorités judiciaires et des équipes de déminage peut dans certains cas, donner lieu à une amende pour le propriétaire du sac oublié. Notamment sur le réseau SNCF. L’indemnité forfaitaire peut s’élever à 178 € et les frais de dossier à 38 €. De quoi être attentif.