L’équitation western à la conquête de la Normandie
L’herbe est verte et grasse, le relief peu accidenté, et pourtant, la magie opère quand même : on se croirait presque dans un décor de films de Far West. C’est ici, au Top Ten Ranch, dans la bucolique commune de Bosc-Renoult-en-Ouche (Eure), que sont enseignées les techniques équestres des cow-boys… en « respectant les racines de cet art ».
Car l’équitation western est une discipline « qui mérite d’être connue », plaide le propriétaire du ranch, Pascal Valentin. Pas pour les bottes « made by hand » et les chapeaux tout de cuir, mais parce qu’en s’inspirant des techniques des vachers américains, il est possible d’éduquer au mieux son cheval tout en se mettant à l’abri du danger, affirme cet ancien biologiste. Pascal Valentin a en effet troqué une carrière dans la recherche et le développement en région parisienne pour une vie de cavalier en Normandie.
Le style équestre qu’il enseigne est né aux États-Unis durant la période de la conquête de l’Ouest. Très loin de ses sources et du travail de regroupement du bétail, il est pratiqué en Europe comme loisir ou dans le cadre de compétitions. Au Top Ten Ranch, on tente d’aller le plus loin possible dans le contrôle de toutes les parties du corps de l’animal. Que ce soit en matinée, lorsque les équidés en pension sont rééduqués « exclusivement en western », ou les après-midi, réservés aux cours pour cavaliers venus avec leur monture ou qui se voient prêter un cheval.
Parler à son cheval avec ses jambes et ses mains
« L’équitation est un sport dangereux. En France, la solution a été de se protéger, de porter des équipements, explique le diplômé en enseignement des activités équestres. Les Américains, eux, se disent : On va éduquer notre cheval jusqu’à ce qu’il soit ultra-sécuritaire. Car quand on est seul avec sa monture dans des endroits hostiles, il n’est pas question de tomber. »
Il s’agit donc aussi d’être le plus serein possible, ce qu’a justement appris Alain Gamber, un fidèle du centre équestre depuis dix ans. Arrivé à la retraite, il a voulu apprendre à monter mais l’équitation classique ne lui convenait pas : « Avec le style western, j’ai appris à parler à mon cheval avec les jambes et les mains. Je sais que, même un peu éclopé, il m’obéira, qu’il ne bougera pas quand je vais le monter, même si j’ai du mal à lever la jambe ».
L’homme a vissé sur sa tête un chapeau de cow-boys acheté dans un ranch de l’État du Wyoming, où il a passé une quinzaine de jours. Des souvenirs qui ne le quittent plus depuis son retour en Normandie : « Les vachers convoient des vaches par centaines vers des pâturages clos pour passer l’hiver. Ils m’ont appris à rechercher une vache séparée du troupeau. J’ai pu les observer récupérer des chevaux sauvages ».
Si on y porte parfois le chapeau cow-boy, au centre équestre, le folklore s’arrête là. La maison n’organise pas de rodéos et « lorsqu’on me demande si je fais des stages de diligence, je rigole ! », dit Pascal Valentin. Mais comme « rien ne marche mieux qu’un bon cheval de ranch pour regrouper le bétail », le propriétaire se fait un petit plaisir, plusieurs fois par an, en prêtant main-forte à un éleveur du secteur, pour regrouper ses vaches. Un moment à lui pour se rêver gardien de troupeau dans les prairies de l’Ouest américain !