Suicide d’Evaëlle, harcelée au collège : l’enseignante mise en examen s’exprime pour la première fois
Elle avait à peine 11 ans lorsqu’elle décide de mettre fin à ses jours. Evaëlle meurt le 22 juin 2019 après avoir subi plusieurs mois de harcèlement scolaire au collège Isabelle-Autissier à Herblay dans le Val-d’Oise. Près de deux ans après le drame, sa professeure de français mise en examen, avec interdiction d’enseigner et obligation de soins psychologiques s’est expliquée sur TF1, voulant selon elle, « laver son honneur ». Placée sous contrôle judiciaire, cette quinquagénaire, enseignante de l’Education nationale depuis 33 ans et soupçonnée d’avoir harcelé la petite fille, assure pourtant n’avoir « jamais eu de problème avec Evaëlle ».
« Je l’avais cinq heures par semaine. En revanche, je me suis rendue compte assez rapidement de certaines difficultés de cette enfant. Elle était à l’aise à l’oral, en difficulté à l’écrit, ce qui provoquait chez elle des accès de colère incontrôlables. Ce qui n’était pas facile », souligne-t-elle, avant de poursuivre : « En même temps, ce n’était pas un cas exceptionnel, mais il aurait fallu mettre en place un accompagnement adapté pour l’aider. C’est ce que j’ai proposé, mais c’est ce que la mère a refusé, et ce qui m’a effectivement amené à avoir des problèmes avec la mère d’Evaëlle ».
Des séances en classe vécues comme des humiliations
La professeure conteste tout harcèlement et nie encore avoir consacré des heures de classe uniquement aux problèmes de la fillette. Des heures de cours qu’Evaëlle aurait pourtant vécues comme une humiliation, selon ses parents. En février, la fillette avait relaté deux séances particulièrement éprouvantes lors desquelles elle a été sommée par sa professeur de français de répondre à toute la classe sur le harcèlement qu’elle subissait.
D’autres élèves auraient également souffert des méthodes de l’enseignante, selon ce reportage. « Dès le début de l’année scolaire, j’ai remarqué un comportement différent chez mon fils. Il avait l’air plus malheureux, plus distant. Et apparemment, il avait des petits soucis en cours de français. Il s’agissait de petites phrases maladroites : ‘tu es bête, tu es nul’. Les six premiers mois, il pleurait tous les soirs. Ensuite, il s’est mis à pleurer carrément soir et matin », raconte une mère de famille qui a également déposé plainte.
« Des méthodes pédagogiques rigides »
De son côté, l’enseignante revendique ses méthodes pédagogiques : « Évidemment que je peux entendre que selon la personnalité de certains élèves, un mot, une phrase peut, à un moment donné, être mal perçu et c’est normal. Être un professeur strict ne me semble pas être, surtout aujourd’hui, un défaut. On peut être stricte et à l’écoute des élèves. C’est d’ailleurs ce que les inspecteurs et les chefs d’établissement ont toujours souligné », s’est-elle justifiée. Pour sa part, le rectorat de Versailles, qui a ouvert une enquête, a conclu à « une certaine forme de rigidité dans ses méthodes pédagogiques ».
VIDEO. Suicide d’Evaëlle : « Les enseignants sont des justiciables comme les autres »
Après la mise en examen de la professeure de français en septembre dernier, la juge d’instruction chargée de cette affaire a fait de même pour trois élèves, âgés de 13 ans, soupçonnés d’avoir également participé au harcèlement de la jeune fille. La professeure risque trois ans de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende.