A Argenteuil, le combat de Fouzia pour les enfants handicapés
« Sauvons nos AVS, sauvons nos AVS, sauvons nos AVS », scandent une dizaine de parents devant l’école Henri-Wallon, à Argenteuil. Fouzia interpelle alors les autres parents qui regardent le spectacle. Elle lâche sa pancarte, va les chercher un par un pour leur dire de rejoindre les protestataires. Bientôt, ce sont tous les parents et leurs enfants qui scandent avec elle : « AVS au rabais, parents sacrifiés ». « On ne vous entend pas assez, faites du bruit ! », leur lance-t-elle.
Rien ne semble faire renoncer cette maman de la Zup. Relayée par des comptes influents sur les réseaux sociaux (Liam di Benedetto, des Marseillais, DJ Kim, animateur sur Beur FM ou les Bibouches, jeune trio de rappeurs avec leur maman), la pétition qu’elle a lancée fin mai atteint plus de 17 000 signatures. Elle y expose le fait que le nombre assistants de vie scolaire (AVS, désormais appelés accompagnants d’élèves en situation de handicap, AESH) dans ce groupe scolaire est passé de sept à trois au cours de cette année. Il s’agit de salariés de l’Education nationale qui sont présents dans l’école pour accompagner les élèves porteurs handicap. La fille de Fouzia fait partie de ces derniers. Elle est atteinte du spectre autistique léger, le syndrome d’Asperger.
Une AVS durant trois semaines seulement
« Elle avait le droit à une AVS en petite et moyenne section de maternelle, mais elle n’en a jamais eu. Elle en a eu une en grande section mais on lui a enlevé car elle savait déjà lire et écrire », explique-t-elle. Les AVS étaient déjà rares et des enfants avec des handicaps plus lourds ont été jugés prioritaires. « Ce sont des enfants qui ont envie d’apprendre mais il y a des soucis au niveau du comportement. Il faut être avec eux », souligne une AVS d’une autre école.
Lire aussi > Autisme : où sont les AVS promis par Macron ?

Cette année la fille de Fouzia était en CP. Elle a eu une AVS pendant seulement trois semaines. Cette absence était considérée comme provisoire jusqu’à la fin de l’année 2020. « En janvier, elle n’était toujours pas revenue parce qu’elle avait fait un burn-out », indique Fouzia. « On se donne beaucoup, on rentre épuisés, témoigne l’AVS. Beaucoup démissionnent parce qu’elles n’en peuvent plus. Ces enfants sont parfois brusques, ils tapent, mais ils ont besoin d’une scolarité avec les autres enfants. Il faut dialoguer avec eux. » Leur rémunération est l’autre sujet de mécontentement. « C’est à peine 800 € pour 24 heures par semaine », confie une autre AVS.
« Je ne peux pas ne pas me battre »
Fouzia redoute que sa fille n’ait pas d’AVS l’an prochain. « Aujourd’hui, ça va, mais à la rentrée de septembre ils seront 22 en classe, souligne-t-elle. Elle veut apprendre vite et ne supporte pas l’échec. » Quand ses résultats ne sont pas bons, elle dissimule ses émotions jusqu’à la maison et se met à faire une crise une fois arrivée. Elle s’énerve, tape rageusement dans ses mains, saute sur place. « Demain, elle risque d’avoir des crises en classe. Je n’ai pas envie qu’on vienne me dire qu’il faut l’interner en psychiatrie, ajoute-t-elle. Aujourd’hui, je ne peux pas ne pas me battre. »
Lire aussi > Val-d’Oise : elles veulent pallier l’absence de centre pour enfants autistes
L’inspection académique du Val-d’Oise rappelle que les besoins d’accompagnement de chaque enfant sont évalués tous les ans. Elle reconnaît un manque d’AVS en raison de problème de recrutement. « Il faut des personnes qui soient formées pour s’occuper de tel ou tel handicap. Il faut aussi qu’il soit à proximité des établissements. C’est un problème national », souligne leur porte-parole. Tout comme la question de leur rémunération.