En plein débat sur les ravages du crack à Paris, et alors que la tension est à son comble dans le nord-est parisien, où les jardins d’Eole (XVIIIe) servent officiellement depuis le mois de mai de refuge aux toxicomanes, une réunion se tenait ce lundi matin autour de la maire (PS) de Paris, Anne Hidalgo. A ses côtés, les édiles des XVIIIe, XIXe et Xe arrondissements, Eric Lejoindre, François Dagnaud et Alexandra Cordebard (PS). Mais également l’adjointe à la Santé de la maire, Anne Souyris et son premier adjoint, Emmanuel Grégoire, entourés de certains représentants de riverains et d’acteurs de la santé publique. « Triés sur le volet », disent les « exclus » de la réunion.
Ulcérés de ne pas avoir été conviés, des associations, collectifs d’habitants et membres des conseils de quartiers du nord-est, se sont rassemblés, pancartes à la main, devant la mairie. Avant d’être finalement reçus, à l’issue de la réunion. « Nous sommes concernés au premier chef, s’indignaient-ils. Où est la concertation avec les habitants dont on nous rebat les oreilles ? Que penseront les riverains des friches Ordener-Poissonniers ou de Bercy-Charenton (XIIe), si, comme le bruit circule, les toxicomanes d’Eole y sont envoyés ? »
Des décisions bientôt annoncées
Car Anne Hidalgo a bien fixé une date butoir à l’exécutif. « Fin juin, le jardin d’Eole doit redevenir un jardin pour les usagers, les riverains, les enfants. Je n’accepte pas la solution qui consiste à dire : On déplace le problème, il était à Stalingrad et on l’enkyste à Eole. Je ne suis pas du tout d’accord avec cette position. Je l’ai dit au ministre de l’Intérieur. Il faut trouver une solution pérenne. » « Des décisions seront prises prochainement », affirme-t-on du côté de l’exécutif.
« Seuls les partisans de la création de salles de shoot étaient initialement admis. Car Anne Hidalgo l’a redit, elle en veut bel et bien de nouvelles », s’agace, pour sa part, Rudolph Granier, élu (LR) dans le XVIIIe, qui est parvenu à s’inviter à la réunion.
Ce que la maire de Paris assume : « Il ne peut y avoir qu’une réponse sécuritaire. Il faut aussi une réponse en termes de santé publique. On sait que les injonctions, ça ne marche pas très bien. On a expérimenté une salle de consommation à moindres risques (SCMR) dans le Xe qui fonctionne. C’est la solution qui marche partout dans le monde. Mais n’utilisons pas le terme de salle de shoot. Il y a sur place un accompagnement, avec des médecins. » « On ne peut pas s’en sortir qu’avec du répressif, explique-t-on aussi du côté de Matignon. Il faut aussi un accompagnement médical, social et psychologique. »
Ces salles, à l’image de celle qui a ouvert en 2016 rue Ambroise-Paré (Xe), sont la terreur des riverains qui manifestaient ce jour. A l’instar d’Anne Hidalgo, le ministère de la Santé a annoncé vendredi son souhait de voir pérenniser ce dispositif, encore expérimental, dans le droit commun afin que de nouvelles salles puissent ouvrir. Intégrant les fumeurs de crack, tandis qu’elles étaient, jusqu’en 2019, réservées aux seuls « injecteurs ».
Alors que ce lundi se tenait justement une réunion interministérielle sur le sujet, le calendrier pourrait s’accélérer : le cadre dérogatoire permettant aux SCMR d’opérer s’achèvera en 2022. Leur maintien nécessite donc de les inscrire dans la loi avant la fin du mandat d’Emmanuel Macron. Ensuite, la création de nouvelles salles pourrait être autorisée au cas par cas par le ministère, après concertation entre élus locaux, agences régionales de santé, préfectures et parquets.
Des contacts Matignon et maire de Paris
Ce qui pourrait faire pencher la balance en faveur de l’ouverture de nouvelles salles, sujet que doit prochainement arbitrer Matignon ? Un récent rapport de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), contesté par certains, qui affirme que les deux salles de consommation de Paris et de Strasbourg ont démontré leur efficacité.
VIDEO. Riverains du crack : « Je me retrouve à épier les toxicomanes. Je ne me reconnais plus »
Les toxicomanes qui les fréquentent seraient en meilleure santé, auraient moins de risque de contracter l’hépatite C ou le VIH et fréquenteraient moins les urgences. « Une absence de détérioration de la tranquillité publique » est également observée. « Les riverains nous disent même que cela a amélioré leur cadre de vie », insiste Anne Hidalgo.
Et c’est bien là où le bât blesse : « Je conçois que ces personnes aillent mieux, admet une riveraine de la SCMR parisienne, mais implanter ces lieux en pleine zone d’habitation est une hérésie ! 400 personnes par jour… Nous vivons l’enfer depuis des années. Notre quartier est devenu une scène de shoot à ciel ouvert jour et nuit. Le deal est à nos portes, ce ne sont que cris, bagarres, les gens urinent et défèquent dans les rues, se piquent devant les enfants. Le quartier est au bord de l’implosion, dans l’indifférence totale des pouvoirs publics. Soigner les gens, oui, qui dirait l’inverse ? Mais pas au milieu des habitations, des familles… A Strasbourg, la salle est à l’écart des riverains. »
