L’élocution claire et le discours assuré, Ibrahima D. tente de faire bonne figure dans le box des prévenus. Ce lundi après-midi, ce Nogentais de 25 ans comparaissait devant le tribunal de Senlis (Oise) pour avoir renversé deux agents de la police municipale de Creil, jeudi dernier, lors du marché des quartiers des hauts de la ville. Le jeune homme a été condamné à dix mois de prison dont quatre avec sursis. Il a été placé en détention à l’issue de l’audience.
Si les blessures sont restées légères pour les deux fonctionnaires, c’est avant tout le geste qui a créé l’émoi dans la capitale du Sud Oise. « Les faits sont plus graves dans leur aspect symbolique que dans leur répercussion physique », a d’ailleurs reconnu le procureur de la République, Jean-Baptiste Bladier. Celui-ci n’a toutefois pas manqué de sermonner le prévenu : « Si vous aviez respecté la loi, vous n’en seriez pas là ! »
Car ce jeudi matin, Ibrahima D., qui s’est pourtant vu retirer le permis de conduire en 2019 pour conduite sous stupéfiants, se rend en voiture jusqu’au marché creillois. Sur place, les deux policiers lui reprochent le non-port du masque puis procèdent à un contrôle d’identité. Le Nogentais les invite à le suivre à sa voiture où sont ses papiers. C’est à ce moment-là, alors qu’un des agents a la main dans l’habitacle, qu’il passe la première avant de s’enfuir.
«C’est vraiment très bête de ma part»
S’il reconnaît la fuite et la conduite sans permis, Ibrahima D. réfute les accusations de violences. Selon les policiers, il les aurait percutés volontairement. « Je ne vais pas rouler sur un policier, je sais que c’est interdit », a-t-il essayé de se justifier, maladroitement, assurant que de son siège, les policiers semblaient suffisamment loin pour ne pas être touchés. Il martèlera ensuite ne pas avoir « foncé », comme l’indiquait l’enquête, mais avoir seulement enclenché une vitesse pour descendre du trottoir. Ce qui sera reconnu par le procureur qui n’en minimisera pas pour autant les faits.
Son casier, qui porte mention de six condamnations, dont deux pour refus d’obtempérer, n’a pas joué en sa faveur. « Peine mixte, ferme, aménagée, sursis… Vous avez tout connu, s’est interrogé Jean-Baptiste Bladier. Que faire de vous désormais ? » Alors qu’il ne semblait pas prendre conscience de la gravité de son geste, le prévenu a finalement eu un regain de lucidité. « Depuis 48 heures que je suis enfermé, je n’arrête pas d’y penser. J’avais peur des amendes et je savais que je n’étais pas en règle à cause de mon permis. C’est vraiment très bête de ma part. »
