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Le robuste et rustique canard de Duclair renaît dans les Boucles de la Seine

En 2014, le dernier éleveur de canard de Duclair fermait ses portes. Une trentaine de spécimens ont alors rejoint les enclos de la Maison du parc naturel régional des Boucles de la Seine, à Notre-Dame-de-Bliquetuit (Seine-Maritime, entre Rouen et Le Havre), à l’initiative du Collectif de sauvegarde des races avicoles normandes (CSRAN), Depuis, un bâtiment a été construit et trois incubateurs mis en route. Maintenant que les canetons naissent, pour faire décoller la filière, il faut intéresser des éleveurs.

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Avec sa robe noire aux reflets verts et sa bavette blanche, ce qui lui vaut son surnom « d’avocat », le canard de Duclair est une race ancienne issue probablement d’un croisement de canards sauvages et de canes de basses-cours. Élevé dans la zone géographique des Boucles de la Seine en Seine-Maritime, il doit sa renommée à Henri Denise, le chef de l’hôtel de La Poste à Duclair. Vers 1900, ce dernier faisait venir les gourmets du monde entier avec sa recette.

Avec leur robe noire et leur bavette blanche, les canards de Duclair sont aussi d’excellents auxiliaires pour les agriculteurs en prévenant de la douve et participant au désherbage.  Frederic DURANT

Mais la mondialisation est aussi passée par là ! « Aujourd’hui, dans le monde, il existe trois races d’élevages. La plus connue est le Mulard, un mélange entre le Pékin et le Barbarie. En deux mois, il peut peser trois kilos alors qu’en cinq mois, le canard de Duclair n���atteindra qu’1,8 kilo » explique Jennifer Mayaud, chargée de mission alimentation et filière au Parc. Ici, tout ne se résume pas à des chiffres ! « Le canard de Duclair a plein d’avantages. C’est un robuste. Il peut être élevé en extérieur dès l’âge de trois semaines. Avec ses instincts de survie et ses gènes non sélectionnés, il est capable de se défendre et d’alerter en cas d’attaques de prédateurs » précise la spécialiste.

Bon contre les parasites et pour le désherbage

C’est donc avec le soutien de la région Normandie, dans le cadre du programme « Préserver les races normandes », que deux pistes sont explorées. D’abord, la reproduction dans des incubateurs, « où les œufs collectés passent 24 jours à 37,5 °C, puis cinq jours dans l’éclosoir ». Et ensuite la recherche d’éleveurs ! Intéresser un éleveur par autre chose que l’aspect économique était un pari. Le Parc naturel régional des Boucles de la Seine a choisi de faire appel à des agriculteurs inattendus, comme des fromagers, des maraîchers, des éleveurs de veaux sous la mère ou des arboriculteurs : « Pour le fromager, les canards de Duclair luttent contre la douve, un escargot parasite qui infecte les chèvres. Pour les arboriculteurs, ils pâturent l’herbe sous les vergers basses tiges, ce qui évite d’avoir à tondre ou à appliquer du glyphosate. Les canards de Duclair sont très actifs et de parfaits auxiliaires », garantit Jennifer Mayaud.

Dans les incubateurs du Parc naturel régional des Boucles de la Seine, les œufs collectés passent vingt-quatre jours à 37,5°c, puis cinq jours dans l’éclosoir pour que naissent les canetons.  Frederic DURANT

Pour devenir un éleveur référencé de la marque « Valeurs Parc », les canards doivent bénéficier chacun de 20 m2 pour se nourrir d’autres choses que des granulés. Ils doivent aussi avoir un accès à la baignade toute leur vie. « On veut reproduire les conditions naturelles pour avoir un canard de fête, un produit haut de gamme. Là encore, les fermes doivent changer leurs pratiques agricoles », explique Jennifer Mayaud. Le Parc fait une large promotion de son action de sauvegarde. Les restaurateurs et les cuisiniers amateurs se sont tout de suite montrés intéressés. Mais avant que ces canards prometteurs puissent se retrouver sur les étals, il faut les abattre.

«Son prix n’est pas prohibitif pour se faire plaisir»

« Les abattoirs classiques n’ont pas de chaînes adaptées à la résistance du canard de Duclair, raconte Jennifer Mayaux. Ce sont les plumes qui résistent ! » Alors, la dizaine d’éleveurs inscrits dans le programme se sont regroupés pour monter leur propre abattoir coopératif destiné à ces volailles rustiques et préserver leur qualité. A côté de la vente directe, un distributeur s’est fait connaître. Avec une moyenne de 10 à 13,5 euros le kilo, le canard de Duclair est plus cher que ses cousins. « Mais, promet la chargée de mission, son prix n’est pas prohibitif pour se faire plaisir. »