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Nanterre : ces bornes interactives portent la voix des femmes du quartier Pablo-Picasso

Interroger sur la place des femmes dans l’espace public d’un quartier populaire. Voilà la visée des étranges cabines colorées récemment installées, dans les rues du quartier Parc Sud, à Nanterre. Imaginées et conçues par le collectif d’artistes les Plastikeuses, ces bornes interactives proposent une plongée dans le quotidien de femmes anonymes, qui dévoilent leur vision de la cité Pablo-Picasso.

Scanner un QR code suffit à partir en balade avec l’une de ces femmes. Par la voix d’une artiste, elles racontent alors, pendant une petite vingtaine de minutes, les trajets qu’elles empruntent le plus souvent, les lieux où elles se sentent bien, ceux liés à un souvenir, mais aussi ceux qu’elles évitent, par habitude ou par crainte.

« Toutes les femmes, qui vivent ici, ont quelque chose à raconter, même si elles ne parlent pas toujours très fort, s’enthousiasme Estelle Barucq, l’une des directrices artistiques de ce projet. Là, elles se racontent elle-mêmes mais, en creux, elles parlent surtout de leur place dans le quartier. »

Elles ne se sentent pas à leur place partout

Un quartier où les participantes au projet, qui ont toutes tenu à garder l’anonymat, assurent se sentir globalement bien et pour lequel toutes disent avoir un profond attachement. « Ce n’est pas surprenant, relève un travailleur social du quartier. D’ailleurs, les femmes ont la voix qui porte, ici. Elles sont présentes dans des associations comme les Mamans des Pablo ou comme Authenti’Cité qui est dirigée par une femme. »

Parmi elles, pourtant, certaines avouent ne pas se sentir à leur place partout. À l’image des places, où s’organisent parfois des ateliers de mécaniques sauvages, ou les équipements sportifs du parc André-Malraux, où l’une des participantes admet ne jamais avoir vu « une femme ou même une jeune fille ».

« Sûrement parce qu’on fait moins de musculation, ironise-t-elle. Ou alors, pas à la vue de tous. » « Dans le quartier, les femmes circulent, elles ne se posent pas vraiment », observe une autre sans toutefois donner le sentiment de le regretter. « Il y a des rues où on trace », note sobrement une troisième.

Des marches exploratoires dans le passé

Ces impressions, les membres des Plastikeuses avaient déjà tenté de les obtenir par le passé. Notamment, à l’occasion de marches exploratoires que le collectif – déjà à l’origine de nombreuses œuvres éphémères installées dans le quartier comme des bancs, des fresques ou la jardinière sculpturale du parc Gorki – avait programmées, il y a maintenant plus d’un an. « Malheureusement, une seule a pu avoir lieu, regrette Estelle Barucq. Il y a eu la crise sanitaire puis le confinement et les quatre autres marches prévues n’ont pas pu se faire. »

Elles ont laissé place à ce projet de bornes interactives financé, dans le cadre de la politique de la ville, par la ville de Nanterre, l’Etat et le département. Trois bornes sont pour l’instant installées à l’angle de l’avenue Pablo-Picasso et rue Dubuis, au square Fernand-Léger et à la mairie de quartier. Cinq parcours de femmes ont pour l’heure été enregistrés mais le collectif espère de nouveaux dans les semaines qui viennent.