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Drogue, blanchiment d’argent, projets d’assassinats… 800 malfaiteurs arrêtés dans un coup de filet mondial

Les autorités de plusieurs pays européens, des Etats-Unis, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande se lèvent du bon pied ce mardi. Le vaste programme mondial qu’ils avaient élaboré leur a permis de réaliser un gigantesque coup de filet planétaire : 800 individus, mêlés de près ou de loin à des crimes variés, ont été arrêtés à travers le monde.

Des milliers de malfaiteurs ont utilisé dans le monde entier des téléphones cryptés pour organiser leur trafic de drogue, d’armes ou même des projets d’assassinats, sans savoir que ces appareils avaient été distribués dans le cadre d’une opération policière d’infiltration.

Une centaine de vies sauvées

Cette vaste opération a permis de sauver plus d’une centaine de vies, a indiqué mardi le FBI lors d’une conférence de presse donnée au siège d’Europol, à La Haye (Pays-Bas). « Au cours des 18 derniers mois, le FBI a fourni aux organisations criminelles plus de 300 appareils cryptés dans plus de 100 pays qui nous ont permis de surveiller leurs communications, a expliqué Calvin Shivers. Plus de 100 menaces mortelles ont été déjouées », a-t-il ajouté.

Pendant trois ans, ces téléphones censés permettre aux criminels de passer inaperçus avaient été disséminés dans les rangs de la mafia, de syndicats asiatiques du crime organisé, de cartels de la drogue, de gangs hors-la-loi de motards…

De nombreuses cargaisons de drogue interceptées

Cette opération internationale impulsée par le FBI et baptisée « Bouclier de Troie » reposait sur un appareil appelé « AN0M », distribué dans plus de 90 pays à des malfaiteurs qui l’utilisaient pour communiquer. Sans savoir que la police était aussi destinatrice des 20 millions de messages qu’ils ont au total envoyés.

Outre les centaines d’arrestations, le dispositif a permis l’interception de nombreuses cargaisons de drogue, à en croire les polices de plusieurs pays et des documents judiciaires américains déclassifiés.

Pour rendre possible cette arrestation, les policiers ont noyauté une application utilisée pour échanger des messages codés entre malfaiteurs. Ils contrôlaient en fait l’application baptisée « AN0M », dont se servaient des malfaiteurs du monde entier pour communiquer de façon chiffrée.



Cette opération, présentée comme « la plus sophistiquée au monde », a été baptisée « Bouclier de Troie ». Elle a permis aux enquêteurs de 16 pays d’observer des membres de la mafia, de syndicats criminels asiatiques ou encore de gangs de motards hors-la-loi qui échangeaient sur des ventes de stupéfiants, des activités de blanchiment d’argent ou même des projets d’assassinats.

AN0M devenu objet de convoitises

Rien qu’en Australie, 224 personnes ont été inculpées dans ce coup de filet qui, selon le Premier ministre australien Scott Morrison, « a infligé un coup dur au crime organisé, non seulement dans ce pays, mais qui aura un écho dans le monde entier ».

Le FBI et d’autres services de police sont parvenus à encourager des malfaiteurs à recourir au téléphone chiffré AN0M. Les appareils ne permettaient pas de passer des appels, ni de consulter ses emails et n’avaient pas de données GPS, mais ils permettaient d’envoyer des messages à d’autres téléphones AN0M. Ils ne pouvaient s’acheter que sur le marché noir et impliquaient d’avoir un code transmis par un autre utilisateur.

« Un criminel devait connaître un autre criminel pour obtenir ce matériel », explique la police australienne dans un communiqué. Des médias australiens rapportent que les policiers ont participé à la distribution de ces téléphones à des suspects connus, y compris à un Australien recherché pour trafic de drogue et en cavale en Turquie.

Les criminels « se sont passé les menottes les uns aux autres »

« Les appareils ont circulé et leur popularité a grandi parmi les criminels, qui avaient confiance dans la légitimité de l’application car de grandes figures du crime organisé se portaient garants de son intégrité », poursuit-elle. « Ces influenceurs criminels ont mis la police fédérale australienne dans la poche revolver de centaines de délinquants présumés », se félicite le chef de la police australienne, Reece Kershaw.

« Au final, ils se sont passé les menottes les uns aux autres en adoptant et en faisant confiance à AN0M et en communiquant ouvertement avec, sans savoir que nous les écoutions tout le temps », a-t-il ajouté. L’ensemble de la conférence de presse donnée en Australie est à retrouver ci-dessous.

Cette opération « Bouclier de Troie » avait découlé de l’infiltration, par le FBI, de systèmes similaires de communications chiffrées, « Phantom Secure » et « Sky Global », qui avait permis aux policiers américains d’accéder aux communications de dizaines de milliers d’utilisateurs. Y compris de grandes figures du crime organisé.

« La fermeture de ces deux plateformes de communications chiffrées a créé un vide sur le marché », explique la police néo-zélandaise. Pour combler ce vide, « le FBI a opéré son propre système d’appareils chiffrés, baptisé AN0M ».

Dans le même temps, ont été lancées des rumeurs sur la prétendue vulnérabilité d’un système concurrent baptisé « Ciphr ». On ignore dans l’immédiat si AN0M est totalement une création de la police, ou un système déjà existant qui a été infiltré.

En Australie, la fin de trois ans de traque

Résultat de cette opération qui a duré trois ans en Australie : 224 personnes sont désormais inculpées d’un total de plus de 500 chefs d’accusation, six laboratoires de fabrication de drogue ont été fermés, quantités d’armes et 45 millions de dollars australiens (29 millions d’euros) en liquide ont été saisis.

« Des centaines de personnes ont été arrêtées » hors d’Australie, a ajouté la police australienne. La police néo-zélandaise a pour sa part annoncé l’interpellation de 35 personnes notamment pour trafic de drogue et blanchiment d’argent.