L’Etat et Ile-de-France Mobilités s’étaient donné un nouveau rendez-vous mi-2021. Et le calendrier tombe plutôt bien à dix jours du premier tour des élections régionales et départementales. Ce mardi matin, Valérie Pécresse, candidate à sa réélection à la tête de la région Ile-de-France, a remis le sujet sur la table et a réclamé 1,3 milliard d’euros à l’Etat pour combler le déficit d’Ile-de-France Mobilités en 2021.
Une perte due à la baisse de fréquentation
En effet, depuis le début de l’année, entre les confinements, couvre-feux et la crainte des usagers de se retrouver trop nombreux dans une rame ou un bus, la fréquentation des transports en commun a oscillé entre 45 et 55 % de son niveau habituel. Elle atteint tout juste 60 % depuis quelques jours. Et, selon les prévisions, ne devrait revenir à 80 %, qu’à la fin de l’année. Les ventes de Navigo annuels ont ainsi baissé de 20 % et celles au mois de 40 %. Conséquence : 1 milliard d’euros de pertes tarifaires nettes. Auxquelles il faut ajouter 300 millions d’euros en moins sur les versements mobilités, c’est-à-dire la taxe que paient les entreprises en fonction de leur masse salariale et qui baisse mécaniquement avec le chômage partiel.
Soit au total, moins 1,3 milliard d’euros dans les caisses d’IDFM. Un peu plus que ce que l’autorité organisatrice des transports avait budgété pour 2021 (un milliard d’euros) : « Les confinements ont été plus nombreux. Et la saison touristique est compromise. L’été va encore être difficile », détaille Valérie Pécresse. Elle demande donc à l’Etat de l’aider à hauteur de 1,3 milliard avant le 31 juillet. Au premier semestre 2022, des « ajustements » seront faits en fonction des pertes réelles ou d’éventuels trop perçus.
Les députés Robin Réda (LR, Essonne) et Gilles Carrez (LR, Val-de-Marne) ont déposé un amendement en ce sens devant la commission des finances, qui a été rejeté ce mardi matin. Le texte sera à nouveau présenté vendredi, devant l’Assemblée nationale où est discuté le projet de loi de finances rectificative.
« Une démarche bidon » selon l’élu PC Jacques Baudrier
Les recettes d’IDFM servent principalement à faire tourner les trains, payer les agents ou financer certains chantiers de rénovations ou constructions. Alors si le parlement le rejette définitivement, « Nous allons rentrer dans un vrai rapport de force, menace Valérie Pécresse. Sans cet argent, il faudra décaler certains investissements, augmenter le passe Navigo ou diminuer l’offre. Ce sont des options que je refuse. C’est pourquoi j’exige un deuxième plan de renflouement ». Elle poursuit, « Ce n’est pas aux voyageurs de payer l’addition de la crise Covid en 2021, et nous demandons à l’Etat de compenser 100 % de ces pertes ». La présidente de Libres ajoute : « Nous demandons à l’Etat une réponse claire avant l’élection. Il doit dire s’il s’engage ou non à renflouer les transports du quotidien. Nous craignons que si le scrutin ne lui est pas favorable, il ne fasse pas d’efforts ».
Pour Jacques Baudrier, élu communiste au conseil d’administration d’Ile-de-France Mobilités, d’autres solutions existent : « A dix jours des élections, c’est une démarche bidon et assez hypocrite. Nous, nous proposons depuis longtemps, y compris au CA d’IDFM, l’augmentation des recettes, de façon pérenne. Par exemple, une augmentation du versement transports pour les entreprises les plus riches de l’ordre de 10 %. Cela serait indolore pour elles, mais permettrait à IDFM d’avoir de 200 à 300 millions d’euros supplémentaires par an ».
« L’Etat soutient IDFM », assure Laurent Saint-Martin
Dès la fin d’après-midi toutefois, le rapporteur de la loi de finances, qui n’est autre que Laurent Saint-Martin, tête de liste LREM aux élections régionales d’Ile-de-France, a tenté de désamorcer le sujet : « Oui, l’Etat soutient Ile-de-France Mobilités », assure-t-il. Son amendement a, lui, été adopté. Il prévoit qu’un remboursement sera accordé à IDFM dans le cadre de la baisse du versement mobilités. En revanche, « Pour les pertes de billettique, ce sera sous forme de prêts. Le montant sera défini lorsqu’IDFM pourra transmettre les chiffres. Sans doute à l’automne », précise Laurent Saint-Martin, avant de détailler : « Mais les conditions de remboursement sont extrêmement souples. IDFM ne remboursera que quand elle pourra le faire ».
L’année dernière déjà, IDFM avait demandé une aide à hauteur de 2,6 milliards d’euros. Laurent Saint-Martin, avait d’abord proposé une enveloppe de 425 millions d’euros avant l’été. Un accord avait finalement été trouvé entre les deux parties en septembre 2020.
