Avec #NotreAntigone, 80 collégiens rouennais se prennent au jeu de la tragédie
À partir du jeudi 10 juin, le parc Grammont à Rouen (Seine-Maritime) va se transformer en théâtre à ciel ouvert pour trois représentations à l’initiative du Centre dramatique national Normandie-Rouen. Face aux spectateurs, plus de 80 élèves du collège Camille-Claudel, situé à quelques encablures, qui viennent présenter #NotreAntigone, une adaptation de l’Antigone de Sophocle et des Sept contre Thèbes d’Eschyle. Un projet ambitieux, écrit et mis en scène par Anthony Poupard, rompu à l’exercice du côté de Vire (Calvados) où il participe régulièrement au festival Ado avec des créations montées avec des adolescents.

« L’essentiel si l’on veut que ça fonctionne, c’est de changer de posture, de chambouler les codes », souligne le metteur en scène. « Il n’y a plus d’un côté les adultes qui savent et les ados qui doivent tout apprendre, mais une troupe qui avance ensemble et où chacun est responsable de son propre rôle. Il faut instaurer une relation de confiance pour que tous puissent se libérer. Nous sommes convaincus que tout le monde peut jouer, chanter, danser à condition d’être mis dans les bonnes conditions. »
Des conditions professionnelles, malgré la longue période de pandémie qui a considérablement compliqué la donne. « Globalement, notre temps de travail auprès des collégiens a été divisé par deux. Il a fallu faire preuve d’adaptation, d’ingéniosité pour avancer. Mais, au final, le résultat est là », assure Anthony Poupard, ravi de voir l’implication de ses jeunes comédiens lors des premières répétitions sur site où les promeneurs du week-end et les familles pouvaient déjà apprécier le travail réalisé.
« Le théâtre doit venir à eux »
Particulièrement attentive, Soazig Kernoa, l’enseignante référente du collège Camille-Claudel, est elle aussi ravie de s’être lancée dans un tel défi. « Quand on arrive devant les élèves et qu’on leur dit qu’on va faire du théâtre antique, devant un vrai public, il faut les convaincre. Mais, cela fait des années qu’on travaille autour du théâtre au collège. Ils nous font confiance et c’est réciproque ». À la fois professeure de français, de latin, de grec et de théâtre, la jeune femme est convaincue de l’intérêt d’une telle démarche.
« Si ce n’est pas le théâtre qui vient à eux, ce n’est pas eux qui y viendront spontanément ». Un avis partagé par Anthony Poupard qui a réactualisé le texte original pour le faire coller aux préoccupations de ces adolescents : « Il y a chez eux premier degré et une curiosité qui fait que, rapidement, ils dépassent les a priori qui voudraient que ces auteurs, qui vivaient pourtant il y a près de 2 500 ans, ne leur parlent pas ». Le résultat est à voir à partir de ce jeudi.