Après un an de pandémie, la recherche de traitements contre le Covid-19 se poursuit. Et les thérapies déjà autorisées en France livrent de nouveaux résultats. Parmi elles, la piste des anticorps monoclonaux semble encourageante : l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a annoncé mardi que l’accès aux bithérapies d’anticorps de synthèse serait élargi à compter du 11 juin à tous les patients à risque élevé de développer une forme grave de la maladie. Comment fonctionnent ces traitements précoces ? Quelles sont leurs limites ? On fait le point.
Comment fonctionnent ces traitements ?
La décision de l’ANSM concerne deux traitements. Le premier, développé par le laboratoire Roche avec Regeneron, combine deux anticorps, le casirivimab et l’imdevimab. Le deuxième, celui du laboratoire Lilly France, associe les anticorps bamlanivimab et etesevimab. Ces thérapies ont pour objectif d’éviter une aggravation de l’état des malades.
Les anticorps sont l’une des bases de notre système immunitaire. Face à la présence d’un élément dangereux, comme un virus, notre corps en produit naturellement pour bloquer l’envahisseur. L’idée, dans ces deux bithérapies, c’est de sélectionner des anticorps naturels créés par un patient rétabli du Covid-19 et de les reproduire artificiellement afin de les administrer ensuite en traitement, par une perfusion. Ces nouveaux anticorps injectés dans la personne malade doivent mimer la réponse immunitaire qui permettra d’empêcher le virus de se multiplier dans les cellules.
Qui peut en bénéficier ?
Ces traitements étaient autorisés depuis la mi-mars en France seulement pour certaines catégories d’adultes, à très haut risque de développer une forme grave de la maladie (les plus de 80 ans, les dialysés, greffés du rein et les 70 à 80 ans obèses ou diabétiques…).
Les nouveaux bénéficiaires sont les « enfants de 12 ans et plus à risque élevé de développer une forme grave du Covid-19, notamment en raison d’une immunodépression sévère », « les patients présentant une pathologie chronique, quel que soit leur âge à partir de 12 ans, tels qu’une obésité, une hypertension artérielle compliquée, un diabète ou une insuffisance rénale ou respiratoire chronique » et ceux ayant une « infection par le VIH non contrôlée ou au stade sida », précise l’ANSM.
Les patients nécessitant une oxygénothérapie ou ayant une forme sévère de la maladie sont eux écartés du traitement. Lorsqu’un malade est en soins critiques, « c’est majoritairement à cause des effets secondaires des symptômes, notamment sa réponse inflammatoire, et non le virus lui-même », explique au Parisien Franck Perez, biologiste et directeur de recherche à l’Institut Curie. Or ces bithérapies visent le virus et non la réponse inflammatoire du malade.
Pourquoi l’élargir maintenant ?
Il fallait attendre un retour d’expérience. « La grosse crainte qu’on a toujours quand on joue avec le système immunitaire, c’est de créer des anticorps dirigés contre les anticorps injectés », explique Franck Perez. « Les retours de terrain et des essais n’ont visiblement pas signalé ce type de problème potentiel. »
Au 31 mai, un peu plus de 1000 patients ont bénéficié d’un traitement par ce type de bithérapie. « Les données de pharmacovigilance recueillies dans les premiers rapports mensuels portent sur environ la moitié de cet effectif de patients. Elles n’ont pas mis en évidence de signal de sécurité, au-delà de certains effets indésirables déjà observés dans les essais cliniques, tels que des réactions allergiques », a confirmé l’ANSM, qui dit aussi répondre « au besoin médical identifié pour certaines situations non couvertes à ce jour ».
Quelle efficacité ?
« Les données préliminaires des études de phase 3 montrent que l’utilisation de ces combinaisons d’anticorps monoclonaux est associée à une réduction de 70 % à 87 % du risque d’hospitalisation et de décès, en comparaison à un groupe de patients recevant un placebo », a indiqué Alban Dhanani, directeur adjoint à la direction médicale chargé des médicaments anti-infectieux et des vaccins à l’ANSM, dans le Monde.
Renato Monteiro, président de la Société Française d’Immunologie et chef de service d’immunologie à l’hôpital Bichat, nous expliquait en février que le traitement s’était montré efficace dans des cas précis : « lorsque les patients n’avaient pas des anticorps anti-SARS-Cov-2 circulants (les sujets infectés mais asymptomatiques possèdent des anticorps efficaces) ». C’est notamment le cas des personnes âgées « qui sont exposées au vieillissement du système immunitaire ».
Surtout, la perfusion doit avoir lieu dans un délai maximum de cinq jours après le début des symptômes pour être efficace. « C’est à un stade précoce de l’infection, au moment où la charge virale est la plus élevée, que les anticorps monoclonaux agissent le mieux », a précisé Alban Dhanani.
Quelles sont les limites de cette bithérapie ?
La logistique pour administrer ces traitements est assez lourde. La perfusion intraveineuse doit en effet être réalisée dans un établissement de santé pendant une heure. Le patient reste ensuite sous surveillance pendant encore une heure, afin de vérifier qu’il ne fait pas d’éventuelles réactions d’hypersensibilité. Au coût de cette prise en charge s’ajoute aussi celui de la dose, qui s’élève à 1000 ou 2000 euros, selon le quotidien du soir.
Autre bémol : les mutations du virus, qui pourraient nécessiter de modifier l’anticorps protecteur. « Les scientifiques ont la capacité de le faire, mais si ces mutations sont très fréquentes, si elles perturbent beaucoup la liaison entre l’anticorps protecteur et le nouveau variant, ça va devenir une course contre la montre. Or cette stratégie est bien plus lente que la vaccination à ARN », précise au Parisien Franck Perez.
Face à ce risque, certaines recherches misent plutôt sur le développement d’anticorps polyclonaux, en mesure d’identifier immédiatement plusieurs molécules du virus -alors que les anticorps monoclonaux ciblent eux une protéine spécifique du virus. Une stratégie « attirante », juge le biologiste de l’Institut Curie, qui appelle toutefois « à rester prudent ». « Les variants n’apparaissent pas dans l’air mais chez les gens, souligne-t-il. La seule solution est donc d’empêcher l’infection et d’arrêter l’évolution du virus. Or, pour le moment, seule la vaccination le permet. »
