Il s’est accroché à ses explications fantaisistes de manière presque caricaturale. Le père de famille jugé ce mercredi pour des violences conjugales par le tribunal correctionnel de Meaux, a tout simplement qualifié sa femme de… menteuse. Du fond du box, via un interprète en langue arabe, cet habitant de Vaires-sur-Marne de 47 ans l’a martelé : « Tout ce qu’elle dit est faux. Elle veut se débarrasser de moi ».
Ce qui n’a pas empêché les juges de le condamner à 15 mois de prison, dont 7 ferme, avec interdiction d’entrer en contact avec sa femme et de paraître à son domicile pendant trois ans. Le mari violent a été incarcéré à l’issue de l’audience.
Retour sur les faits. Dans la soirée du 3 juin, la police se rend à l’hôpital privé de Brou-sur-Chantereine où une femme, blessée à la main, explique avoir été frappée par son mari avec un couteau. Celui-ci indique tout autre chose, à savoir qu’elle s’est blessée en tranchant le pain. Une première version, suivie de deux autres en garde à vue : il aurait tendu le couteau à sa femme… qui s’est blessée par accident.
A l’audience, le président a fini par obtenir le scénario définitif et l’a résumé ainsi : « Donc, Madame pétrissait le pain, elle utilisait le couteau et elle s’est coupée. On revient à la version cuisine ». Le prévenu s’est obstiné à se présenter comme la victime d’une femme infidèle : « Elle a quelqu’un, je l’ai vue ».
La jalousie maladive du prévenu à l’origine des violences
Sur le banc des parties civiles, la mère de famille – veste fermée jusqu’au cou et foulard cachant ses cheveux – écoutait. Via l’interprète, elle a expliqué « ne pas pouvoir divorcer ». Et pour cause : son mari conserve sous clés ses papiers et ceux de ses enfants, sans compter que c’est lui qui dispose de la carte bancaire et perçoit les allocations familiales. La mère de famille ne sait même pas si elle dispose d’une mutuelle ou de la CMU.
Malgré cette situation, cette femme courageuse a maintenu que son mari a voulu lui porter un coup, avec un couteau de boucher, au niveau de la taille. C’est en se protégeant qu’elle s’est blessée. Par le passé, il l’avait déjà bousculée violemment contre le mur.
Les enquêteurs ont retrouvé l’arme dans la chambre parentale, sous une pile de draps. « Cela ne manque pas de surprendre », a souligné Me Vanessa Calamari, l’avocate de la partie civile. Avant de regretter : « Le pire pour ma cliente, c’est que son mari ne reconnaisse pas les faits. Elle craint son retour au domicile ». La jalousie maladive du prévenu serait à l’origine de son comportement. Persuadé que sa femme fricote avec un voisin, il est allé jusqu’à demander à la compagne de ce dernier….de placer un mouchard sur son téléphone, pour les espionner.
La substitute du procureur Aude Zambon a requis un an de prison, dont six mois ferme, avec mandat de dépôt et interdiction de paraître au domicile familial pendant trois ans : « C’est affligeant de voir quelqu’un qui n’assume pas ses actes. La seule chose à mettre à son crédit, c’est que la vue du sang l’a empêché de mettre un deuxième coup. Mais la victime a dû insister pour être emmenée à l’hôpital. Je suis inquiète pour la suite. » La tâche était ardue pour l’avocate de la défense Me Caroline Desré : « C’est toujours compliqué d’entrer dans une alcôve familiale, dans l’intimité d’un couple. J’aurais aimé que l’enquête soit plus poussée et que les policiers interrogent les quatre enfants, pour savoir ce qu’ils ont entendu ».
