Depuis le 4 juin, un nouveau kiosque a ouvert ses portes dans le jardin des Tuileries et, devinez quoi, les visiteurs peuvent y déguster de belles salades fraîches, des lasagnes maison, des glaces artisanales et des sandwichs au goût de vrai. Dans ce genre d’endroit, c’est presque un miracle… Tout a commencé en 2018. Delphine Plisson, à la tête de deux épiceries-restaurants à Paris, apprend que le musée du Louvre lance un appel d’offres pour améliorer sa restauration à l’intérieur de son célèbre jardin. L’objet de la consultation ? « Une activité de restauration dans le kiosque nord-est du jardin des Tuileries, site classé monument historique, avec service à table en terrasse et une vente à emporter ainsi qu’un chariot mobile de glaces. » La fondatrice de Maison Plisson, qui depuis 2015 célèbre les producteurs de qualité, les circuits courts et le mieux manger, est très tentée.
Amoureuse du lieu, elle songe donc à déposer une candidature. « Quand tu es dans le coin, tu n’as rien de bon à manger, explique cette mère de cinq enfants, qui a commencé sa carrière dans la mode. Au mieux, tu as droit à deux tranches de pain Harris avec du jambon sous vide ! » La dirigeante se lance dans l’aventure, sans trop y croire. Ces appels d’offres, croit-elle savoir, sont joués d’avance. « J’étais convaincue que les appuis politiques comptaient plus que les compétences. » Elle qui possède alors deux grandes boutiques-restaurants, l’une boulevard Beaumarchais (Paris IIIe) et l’autre place du Marché Saint-Honoré (Paris Ier), ne se sent pas très équipée pour participer à ce genre de compétition. En tout et pour tout, elle n’est entourée au « siège » que de quatre personnes pour l’aider dans la gestion, la technique, les ressources humaines et le marketing. L’essentiel de ses équipes, près de 150 personnes aujourd’hui, s’active dans les magasins, soit à la vente, soit en fabrication à la boucherie, à la boulangerie et en cuisine. Mais bon, Delphine prend son courage à deux mains et remplit consciencieusement son dossier.
Très vite elle n’y pense plus, déjà focalisée sur un nouveau projet : développer des épiceries plus petites, des supérettes « cool » qu’elle veut baptiser « Petit Plisson ». La première ouvrira d’ailleurs rue de Montorgueil, une rue piétonne et très commerçante du IIe arrondissement, la seconde à Beaugrenelle, dans le XVe. Les mois passent. En septembre 2019, surprise : elle reçoit un coup de fil du musée du Louvre. « Le gars me dit : Avez-vous vu le site intranet de l’appel d’offres ? Vous êtes en finale, et la présentation a lieu demain. Un truc de dingue ! » Avec son directeur technique et sa directrice de la communication, elle fonce préparer son speech. « Le lendemain, on a bluffé pendant deux heures, se souvient-elle. On était hilare, tellement heureux d’être en finale. C’était déjà une victoire, la preuve que le regard sur l’alimentation était en train de changer. » Et puis le 31 décembre, la plus grosse journée de l’année dans les métiers de bouche, son portable sonne à 18 heures. « Le gars me dit qu’on avait gagné. On était épuisé par la période des fêtes, c’était à peine croyable. On a débouché le champagne dans la boutique, et on a fêté ça avec les équipes. Un moment inoubliable ! » L’ouverture est prévue en mars 2020… Mars 2020 ? Précisément le moment où la pandémie s’installe en Europe, obligeant le Louvre à fermer ses portes.
«Je peux aujourd’hui proposer aux visiteurs des produits qui ont du sens»
L’inauguration aura finalement lieu le 4 juin dernier, après une nuit d’orage qui a bien failli retarder encore le lancement de ce kiosque, baptisé « Petit Plisson aux Tuileries ». « En fait je suis très fière, avoue Delphine Plisson. Je suis une horrible bobo, j’assume, mais j’ai réussi à monter ma boîte toute seule à 40 ans. Et je peux aujourd’hui proposer aux visiteurs du musée et du jardin des Tuileries des produits qui ont du sens, comme notre hot-dog maison, avec un bon pain au sarrasin et une saucisse artisanale à griller, ou notre croque-monsieur élaboré avec deux tranches de jambon Prince de Paris et deux couches de gourmande, un mélange de crème et de comté, ou encore nos glaces artisanales sans aucun additif. C’est vrai qu’avec des matières premières de qualité, mon croque est vendu 12 euros. Mais vous ne commandez que ça et vous vous régalez. Les touristes reviendront bientôt et je crois que c’est important pour l’image de la France. »
En plus, la cheffe d’entreprise a imaginé un programme d’animations pour tout l’été, avec des cours de yoga, des conférences et même des rencontres littéraires. Encore une satisfaction pour cette épicière chic qui rêvait d’être libraire.