Roland-Garros : Djokovic fait tomber le roi Nadal après un combat phénoménal
Improbable. Renversant. Mémorable. Enorme. Il est 23 h 20 et Novak Djokovic peut lever les bras vers les étoiles qui scintillent au-dessus de Paris et distribuer ses gestes d’amour à ses fans. Le n°1 mondial vient de réussir l’exploit de battre pour la deuxième fois Rafael Nadal sur sa terre promise (3-6, 6-3, 7-6, 6-2 en 4h11). Quasi invincible depuis 2005 (105 victoires pour désormais trois revers), l’ogre espagnol, couronné treize fois à Roland-Garros, restait en effet sur quatre titres d’affilée.
Roland-Garros a vécu ce vendredi l’une des journées les plus abracadabrantesques de son histoire. Et pas seulement parce que Nadal est tombé de son piédestal en demi-finale face à son plus grand rival au terme d’un match ébouriffant qui restera dans les mémoires. Peut-être des téléspectateurs, mais surtout des spectateurs…
« C’est sûrement le plus grand match que j’ai joué ici, sourit Djokovic. J’ai joué mon meilleur tennis. La pression de jouer contre lui à Paris, c’est un niveau très spécial de notre sport. C’est aussi la plus belle ambiance et la plus belle énergie que j’ai vécues avec le public, qui a été d’un soutien incroyable pour nous deux. C’était un privilège d’être sur ce court. »
Un énorme bras de fer
Après un premier combat en cinq sets remporté par Tsitsipas contre Zverev (6-3, 6-3, 4-6, 4-6, 6-3), les deux gladiateurs sont entrés dans l’arène vers 19 heures. De quoi faire frémir les fans en pensant au couperet de 23 heures et un couvre-feu qui avait transformé un chaud quart Djokovic-Berrettini en pétard mouillé dans le silence du Central.
Et le premier jeu remporté par Nadal en presque dix minutes a vite donné le ton d’une soirée d’anthologie. L’Espagnol a mené 5-0, presque la copie conforme de la finale de 2020 où il avait surclassé le Serbe en trois petits sets. Mais même dominé par des coups de génie du Majorquin, le n°1 mondial a continué de s’accrocher et profité des fautes du maître des lieux, parfois coupable de trop vite vouloir enfoncer le clou et contraint d’attendre sa septième balle de set pour enfin concrétiser son avance.
Djokovic était enfin entré dans le match… et dans la tête de son plus grand rival, qu’il n’avait pourtant plus terrassé sur terre depuis plus de cinq ans. La suite n’est qu’un énorme bras de fer où les deux hommes se sont rendu coup pour coup et où Nadal a passé son temps à tenter de rattraper en retour la faiblesse de son service.
L’organisation du tournoi remercie l’Elysée
Pari raté dans la deuxième manche et presque réussi dans la troisième où Djokovic a eu deux fois le break et servi pour le set. L’Espagnol a même laissé s’envoler une balle de manche à 6-5 avant de courber l’échine au jeu décisif (7-4). A ce moment-là, le compteur indiquait déjà 3h26 de jeu et l’horloge marquait 22h39. Ce qui, en langage d’ère Covid, veut dire Rentrez chez vous !
Mais si Djokovic est bien parti faire un tour aux vestiaires, les bruyants spectateurs – qui chantaient « On s’en ira pas » depuis de longues minutes- n’ont, eux, pas bougé de leur siège. Et pour cause. Grâce à une dérogation gouvernementale tombée du ciel, ils ont gagné le droit de profiter jusqu’au bout de ce petit moment de légende. « C’est formidable de nous permettre ça, sourit Gilles Moretton, le président de la FFT. L’organisation du tournoi remercie l’Elysée, Matignon, le gouvernement. Il fallait faire une telle demande. » La suite se passe presque de commentaires. Devant des tribunes en transe, qui laissent percevoir des lendemains qui chantent pour les sessions nocturnes, Nadal prend les rênes de la quatrième manche (2-0) avant de s’écrouler en poussière.
Déjà vainqueur Porte d’Auteuil en 2016, Djokovic voit s’ouvrir un boulevard pour devenir le troisième joueur (après les Australiens Laver et Emerson au début de l’ère moderne) à remporter au moins deux fois tous les Grands Chelems. Et, surtout, revenir à une marche de Nadal et Federer au nombre de Majeurs (20 à 19 potentiellement) avec la perspective d’égaler les deux monstres dès le mois de juillet à Wimbledon. Dimanche, Tsitsipas aura du mal à lui barrer la route…