Que se passe-t-il à la centrale nucléaire EPR de Taishan, dans le sud de la Chine ? Framatome, une filiale d’EDF qui s’occupe de la gestion de cette centrale, a alerté la semaine dernière les Etats-Unis en vue d’une assistance technique, évoquant une « menace radiologique imminente » et une fuite radioactive, selon CNN. Selon EDF, les rejets atmosphériques de gaz n’ont pas dépassé pas les limites autorisées.
Que se passe-t-il dans la centrale ?
Des gaz radioactifs s’échapperaient de la centrale nucléaire de Taishan, selon les documents transmis par Framatome aux Etats-Unis et dont CNN a pu obtenir une copie. « S’ils ont une fuite de gaz, cela indique qu’une partie de leur confinement est brisée », témoigne auprès de la chaîne américaine un scientifique nucléaire à la retraite. Selon CNN, si la situation mérite d’être « surveillée », la fuite ne serait pas à un « niveau de crise » selon des responsables américains. Les Etats-Unis, toujours selon CNN, estimaient d’ailleurs qu’il n’y a rien à craindre pour les travailleurs de la centrale ou des habitants.
L’exploitant chinois du réacteur EPR de Taishan en Chine a « réalisé des rejets atmosphériques » de gaz rares « dans le respect des limites réglementaires définies par l’autorité de sûreté chinoise », a indiqué par la suite EDF. La présence de ces gaz rares « dans le circuit primaire est un phénomène connu, étudié et prévu par les procédures d’exploitation des réacteurs ». « On n’est pas sur une dynamique d’un accident avec fonte du cœur », a précisé lors d’une conférence de presse un porte-parole du groupe français, co-actionnaire de la centrale du sud de la Chine, relativisant ainsi la gravité du problème. Les gaz dits « rares » comptent l’argon, l’hélium, le krypton, le néon ou encore le xénon.
Pourquoi Framatome a prévenu les Etats-Unis ?
Framatome, filiale d’EDF, conçoit des centrales nucléaires et s’occupe, ensuite, de leur maintenance. Elle est à l’origine de la conception de la centrale nucléaire de Taishan. Si elle a alerté les Etats-Unis (sans que l’on sache si elle a alerté la France avant), c’est que Framatome juge la situation critique au point de demander d’intervenir.
« Framatome demande de toute urgence l’autorisation de transférer les données techniques et l’assistance qui pourraient être nécessaires pour remettre la centrale en fonctionnement normal », écrit l’entreprise française dans sa lettre adressée au département de l’Energie américain. Framatome ne semble trouver que peu d’échos en Chine : l’agence gouvernementale y allège les normes afin de permettre à la centrale de rester ouverte… quand bien même il y aurait une fuite.
Après l’alerte aux Etats-Unis, des échanges ont eu lieu, selon CNN, avec les autorités françaises. En France, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) n’avaient pas encore fait de commentaire ce lundi matin. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), basée à Vienne, a de son côté déclaré qu’ « à ce stade » elle n’avait « aucune indication qu’un incident radiologique se soit produit ».
EDF dit avoir pris contact avec la coentreprise TNPJVC, qui exploite la centrale nucléaire, et « apporte son expertise ». Le groupe français dit encore avoir « sollicité la tenue d’un conseil d’administration extraordinaire de TPNJVC pour que le management présente l’ensemble des données et les décisions nécessaires ».
L’EPR en question ?
La centrale nucléaire de Taishan est équipée de deux EPR (European Pressurized Reactor). Plusieurs sont en construction, en Finlande, au Royaume-Uni et à Flamanville (Manche), en France. D’autres y sont en projet. Les EPR de Taishan ont été les premiers mis en service, en 2018 et 2019, pour l’heure dans le monde, et restent les seuls actuellement en fonction.
Dans son communiqué, ce lundi, Framatome (aussi chargé de la construction des EPR) dit surveiller « l’évolution d’un des paramètres de fonctionnement ».
