Chaises pliantes, piscines, barbecues… Dans l’Oise, «tout ce qui rend le deal plus confortable, on embarque»

Dans les locaux du poste de la police municipale de Compiègne, des chaises de pêcheur, des barbecues et autres objets insolites s’entassent dans tous les coins. Même le bureau du chef n’est pas épargné.

Non, il ne s’agit pas du reliquat d’un repas entre collègues, mais de saisies opérées auprès des dealers des différents quartiers de la ville. À titre d’exemple, en l’espace de deux ans, les agents ont saisi, sur des points de deal, pas moins de 150 chaises pliantes…

Car lutter contre les trafics ne se résume pas aux seules opérations musclées, ou d’envergure, l’objectif étant de déstabiliser le commerce illicite en permanence. Cela passe notamment, au quotidien, par des verbalisations pour des infractions dites ordinaires.



Cela peut aller du dépôt sauvage de déchets au tapage nocturne, en passant par des infractions au Code de la route. « Les revendeurs restent longtemps à leur poste et pour rendre plus confortable leurs heures d’attente, ils s’équipent. Surtout depuis qu’ils ne peuvent plus squatter les halls d’immeuble », constate le chef de la police municipale, Joël De Araujo.

« L’accessoire indispensable, c’est vraiment la chaise de pêcheur », poursuit le responsable. Pour en justifier la saisie, les agents invoquent le Code de la voirie routière, qui interdit l’occupation abusive du domaine public et est puni d’une amende allant jusqu’à 1 500€.

Tonnelles et cannabis

Une tâche pour le moins répétitive. « On en saisit un jour et le lendemain, il y en a une nouvelle », signale Joël De Araujo. Si la chaise est considérée comme un déchet, elle est détruite et jeter à la poubelle. C’est ce que fait la police nationale, qui participe aussi à cette bataille quotidienne.

« C’est souvent sale alors en général, on casse et on met à la poubelle », précise le commissaire de Compiègne, Pierryck Boulet. En revanche, si elle est en suffisamment bon état pour être considérée comme un objet trouvé, « le propriétaire a six mois pour venir le récupérer, facture à l’appui, avant qu’elle ne parte en déchèterie ».

Dans les locaux de la police municipale, les chaises pliantes confisquées aux dealers se retrouvent dans de nombreux recoins, faute de place.
Dans les locaux de la police municipale, les chaises pliantes confisquées aux dealers se retrouvent dans de nombreux recoins, faute de place.  Stéphanie Forestier

« Mais on n’a encore jamais vu un jeune venir nous voir pour récupérer sa chaise, sourit Joël De Araujo. Parfois, on hallucine en patrouillant dans les quartiers. Ils déplient la tonnelle, s’installent sur des chaises longues et lancent le barbecue ! Quand on arrive, il n’y a souvent plus personne, mais la viande est encore fumante sur la grille… »

«Quand il fait beau, ils se baignent en attendant le client»

L’histoire ne dit pas si c’est « l’employeur » qui investit pour le bien-être des « salariés ». « On a déjà fait dégager des piscines ! Quand il fait beau, ils se baignent en attendant le client, soupire le chef de « la PM ». Tout ce qui rend le deal plus confortable, on embarque ! L’hiver, ce sont les palettes qu’ils brûlent pour se réchauffer. »

Les agents disposent d’un arsenal de textes et de codes pour agir, et ils ne s’en privent pas. S’il est difficile de prouver qu’une personne participe à un trafic, il est en revanche facile de le verbaliser pour diverses choses.

Un guetteur qui se met à crier pour avertir d’une présence policière ? Une amende de 68€ pour tapage. Les mesures sanitaires sont également surveillées à la loupe et celui qui ne porte pas le masque devra payer une contravention de 4e classe de 135€. Même tarif pour les regroupements de plus de six personnes.

Une centaine d’amendes pour avoir uriné dans la rue

Uriner dans la rue ? C’est interdit, l’amende est même passée de 68 à 135 euros en début d’année. Une centaine a déjà été distribuée. Autre levier, le Code de la route, peut-être celui qui est le plus régulièrement invoqué. Vitesse excessive, absence de clignotant, etc. « Une voiture moteur tournant stationnée au pied d’un immeuble perturbe le voisinage et provoque une pollution. Alors, on verbalise ! » lance Joël De Araujo.

« La dernière fois, on a surpris un conducteur qui sortait d’un quartier bien connu. Il fumait une chicha au volant ! Il était totalement enfumé. Il a eu 22€ d’amende, c’est ce que prévoit le Code de la route, conclut le responsable. Il a eu de la chance car on aurait pu immobiliser son véhicule. Et le monsieur ne comprenait pas que ça pouvait être dangereux, que le charbon aurait pu tomber sur le tapis et incendier sa voiture, par exemple… »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *