Régionales 2021 : sécurité, économie… on a épluché les propositions des présidents sortants

Faire valoir un bilan et vendre un nouveau projet. Voici ce à quoi se sont attelés ces dernières semaines les présidents de régions sortants, lors d’une campagne un peu particulière, entre crise sanitaire et perspective de la présidentielle 2022. A deux jours du 1er tour de ces élections régionales dimanche, nous avons passé en revue leurs propositions, alors que certains caracolent en tête des sondages et qui devraient s’imposer sans problème, quand d’autres voient leur réélection s’annoncer plus compliquée à cause du RN. Tour d’horizon.



Ne dites plus « programme »

Il semble fini le temps où les candidats alignaient des propositions très arrêtées, chiffrées, dont le bilan leur était ensuite opposé. La lenteur de mise en œuvre de leur programme, l’expérience du précédent mandat, poussent la plupart des candidats à leur réélection à adoucir leur vocabulaire. On ne dit donc plus « programme » mais « projet » ; on ne s’engage plus à « créer » des milliers d’emplois mais on fixe un « objectif » sur la durée de la mandature.

Des propositions revendues

Entre une modification et son entrée en vigueur, entre une construction et son inauguration, l’action publique prend du temps. Parfois plus que les six années du mandat régional, même prolongé de quelques mois pour cause de pandémie. Ainsi la plupart des sortants s’engagent-ils, comme ils l’ont déjà fait en 2015, à équiper tout leur territoire de l’internet à très haut débit. C’est le cas de Marie-Guite Dufay (PS) en Bourgogne Franche-Comté ou d’Alain Rousset en Nouvelle-Aquitaine. Ce qui permet de raccourcir le temps au deuxième mandat : en Normandie, Hervé Morin, qui a conservé le même nom de projet entre 2015 et 2021 – « Normandie conquérante » – s’engage-t-il à fournir le « très haut débit pour tous en 2024 » , à mi-mandat s’il est réélu.

Carole Delga (Occitanie), Valérie Pécresse (Ile-de-France), Xavier Bertrand (Hauts-de-France) s’engagent aussi à achever la « vidéoprotection à 100 % » des gares, des trains et des abords des lycées. La sécurité étant un thème phare de cette campagne 2021, mais pas une compétence régionale, c’est ainsi que les candidats rebondissent sur la montée en puissance du phénomène des bandes s’affrontant près des établissements.

Toujours côté sécurité, Renaud Muselier (Paca) s’engage à imposer des travaux d’intérêt général (TIG) à tout délinquant commettant des dégradations. En 2015, son prédécesseur Christian Estrosi voulait y astreindre les auteurs d’incivilités. Il y a quelques semaines, dans Le Parisien, Valérie Pécresse s’est engagée à créer une agence régionale pour que 100 % des TIG soient effectués dans les trois mois suivant le prononcé de la peine. Peine qui ne peut être infligée que par un juge.

De belles promesses

En Nouvelle Aquitaine, Alain Rousset et ses colistiers veulent « supprimer les pesticides y compris pour les agriculteurs ». C’est taire un peu vite les vifs débats qui opposent particuliers et agriculteurs sur la question depuis des années. De l’autre côté de l’Hexagone, c’est Renaud Muselier qui s’engage à multiplier par cinq, en seulement six ans, la production d’énergies renouvelables.

Quelques abandons notables

La réalité les a brutalement rappelées à l’ordre : contrairement à 2015, ni Carole Delga ni Valérie Pécresse ne proposent cette année d’instaurer une taxe sur les poids lourds en transit dans leurs régions respectives. La présidente socialiste de l’Occitanie s’y est cassé les dents alors qu’elle espérait réunir, grâce à l’important trafic de camions entre l’Europe et l’Espagne, de quoi financer la ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse.

La palme des propositions hors champs revient à…

Il y a bien Valérie Pécresse… La présidente de l’Ile-de-France s’engage pour le « déploiement de la reconnaissance faciale à l’entrée des gares ». Sans préciser qu’elle ne peut pour l’instant que demander au gouvernement, comme d’autres chez les Républicains ou ex-Républicains, qu’un débat soit ouvert sur le sujet. Il y a aussi Xavier Bertrand, qui veut punir d’une année de prison non aménageable tout auteur d’une agression physique contre un membre des forces de l’ordre.

Mais, incontestablement, la palme de l’impossible revient à Renaud Muselier. Le candidat LR en Provence-Alpes-Côte d’Azur, à la tête de la région depuis 2017, dépasse largement ses prérogatives lorsqu’il s’engage pour que les assassins de policiers ou de gendarmes soient condamnés à la prison à perpétuité. Cette sanction pénale passe nécessairement par le gouvernement, l’Assemblée nationale ou le Sénat, trois institutions auxquelles Muselier n’appartient plus. Le candidat LR veut aussi former les lycéens, des jeunes de 16 à 20 ans grosso modo, à détecter les signes de radicalisation chez leurs camarades de classe.

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